Les p'tits riens
vendredi 16 mars 2012
La balise est au nord
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lundi 5 mars 2012
Tribute to daddy
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Il avait un râle. Quand ils mangeaient ensemble, elle entendait bien ce souffle bizarre. Et puis toutes ces blagues autour de la mort. Autour d'hypothétiques cancers, d'on ne sait quel virus de l'ère. Elle se disait que la retraite n'était pas drôle. Pas plus, pas moins que la vie active. Que c'était la vie quoi ! Avec les parcours, les souvenirs et les freins propres à chacun.
Elle entendait un râle. Un ras-le-bol, un ramassi de conneries, d'incongruités. Elle entendait un râle et elle ferma les yeux pour mieux respirer. Et sans son, sans lumière, sans bruit... Au bout d'un certain temps... il y eut comme une bouilloire sifflant dans la rosée du matin anglais. Comme une sirène d'ambulance dans les rues de New-York à 4h. Comme un coup de vent à la pointe du Raz. Comme l'appel d'air que fait la porte vers la 4ème dimension dans les séries B américaines. Comme çà.
Il était une présence rassurante dans nos vies. Que deviennent-elles dans cette morbide rafale, nos vies sur lesquelles il râlait, il raccrochait mais il veillait... Que deviennent-elles maintenant ?
Publié sur ce blog le 30 septembre 2007
vendredi 24 février 2012
Baba Yahya
Initialement publié sur ce blog le 24 mars 2009
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mercredi 22 février 2012
früt früt früt
"Balade urbaine et insolite d'Edimbourg" dit le prospectus.
Jusqu'ici tout va bien, nous avons rendez-vous sur une place. Elle est pavée et mouillée par un crachin qui colle. Arrive au loin un petit mec à la démarche balancée. Ce genre de démarche étrange, ce genre de démarche "I'm not going to be the person I'm expected to be anymore..." : raide, maniérée...
Nous sommes une douzaine de touristes à tenter l'aventure. Nous allons découvrir Édimbourg à travers les pas d'un autochtone. Bonne élève je suis toujours derrière le guide. Steve. Il est blond et petit. Il a les cheveux longs et les porte en catogan. Un catogan tout fin et blond. Il est vêtu de noir de sa tête blonde à ses pieds coqués. Un jean, qui fut noir à un moment donné et un sweet déformé sur lequel tombe un bombers élimé.
Je regarde souvent sa nuque parce que sa peau est grumelée. Depuis le dessous du menton, jusque sur la joue gauche et enfin une partie de la nuque, elle porte des stries et des trous, parsemée de boutons. Dieu sait que je me garde bien d'associer l'habit et le moine mais vu son look, je ne peux m'empêcher d'imaginer qu'il fut skinned à l'adolescence et qu'il garde les stigmates d'une bagarre au cocktail molotov.
Bonne élève je suis toujours derrière lui parce que j'entends mal. Si deux rangs m'éloignent de sa bouche, je ne peux pas comprendre le tiers de ce qu'il raconte. L'ennui, c'est qu'à cette distance de lui, j'entends tout !
C'est à dire qu'au bout d'une heure de marche, je suis comme hypnotisée par le früt früt früt que font ses bas de pantalon. Avec sa démarche raide, il n'arrive pas à espacer ses pieds alors son jean joue une ritournelle qui, le temps d'une longue promenade, a tendance à me tendre. C'est sans compter le guîling' guîling' guîling' que fait une chaînette sur sa cuisse droite. La chaînette de sûreté qui est accrochée à son portefeuille. Alors, pareil à son jean, l'accessoire joue une ritournelle qui, le temps d'une longue promenade, a tendance à me tendre.
La balade urbaine et insolite était en fait assez chiante. Rien d'insolite, si ce n'est ce guide. Steve ne m'aura pas emmené plus loin que la sociologie de l'impalpable, mon sujet d'étude d'ores et déjà favori.
Jusqu'ici tout va bien, nous avons rendez-vous sur une place. Elle est pavée et mouillée par un crachin qui colle. Arrive au loin un petit mec à la démarche balancée. Ce genre de démarche étrange, ce genre de démarche "I'm not going to be the person I'm expected to be anymore..." : raide, maniérée...
Nous sommes une douzaine de touristes à tenter l'aventure. Nous allons découvrir Édimbourg à travers les pas d'un autochtone. Bonne élève je suis toujours derrière le guide. Steve. Il est blond et petit. Il a les cheveux longs et les porte en catogan. Un catogan tout fin et blond. Il est vêtu de noir de sa tête blonde à ses pieds coqués. Un jean, qui fut noir à un moment donné et un sweet déformé sur lequel tombe un bombers élimé.
Je regarde souvent sa nuque parce que sa peau est grumelée. Depuis le dessous du menton, jusque sur la joue gauche et enfin une partie de la nuque, elle porte des stries et des trous, parsemée de boutons. Dieu sait que je me garde bien d'associer l'habit et le moine mais vu son look, je ne peux m'empêcher d'imaginer qu'il fut skinned à l'adolescence et qu'il garde les stigmates d'une bagarre au cocktail molotov.
Bonne élève je suis toujours derrière lui parce que j'entends mal. Si deux rangs m'éloignent de sa bouche, je ne peux pas comprendre le tiers de ce qu'il raconte. L'ennui, c'est qu'à cette distance de lui, j'entends tout !
C'est à dire qu'au bout d'une heure de marche, je suis comme hypnotisée par le früt früt früt que font ses bas de pantalon. Avec sa démarche raide, il n'arrive pas à espacer ses pieds alors son jean joue une ritournelle qui, le temps d'une longue promenade, a tendance à me tendre. C'est sans compter le guîling' guîling' guîling' que fait une chaînette sur sa cuisse droite. La chaînette de sûreté qui est accrochée à son portefeuille. Alors, pareil à son jean, l'accessoire joue une ritournelle qui, le temps d'une longue promenade, a tendance à me tendre.
La balade urbaine et insolite était en fait assez chiante. Rien d'insolite, si ce n'est ce guide. Steve ne m'aura pas emmené plus loin que la sociologie de l'impalpable, mon sujet d'étude d'ores et déjà favori.
lundi 13 février 2012
L'usine qui fabrique des nuages
vendredi 10 février 2012
Ficelles et entre-chats
Trois p'tits chats, trois p'tits chats,
Trois p'tits gars qui des fois
préfèrent se retrouver seuls au fond de leurs paniers
que mal accompagnés.*
Trois p'tits gars, trois p'tits poids,
Trois p'tits quoi qui des fois
s'inventent plutôt des couples au pied levé
que de se dévoyer.
Ces amours ne sont pas belles, pas pures, pas pleines,
elles sont sincères quoiqu'éparpillées.
Ces amours ne sont pas vaines, pas chiennes, pas fausses,
elles sont sincères quoiqu'éparpillées.
Marabout, bout d'ficelle, selle de ch'val ch'val ch'valentin
tintamarre !
*emprunt à Oxmo Puccino.
Trois p'tits gars qui des fois
préfèrent se retrouver seuls au fond de leurs paniers
que mal accompagnés.*
Trois p'tits gars, trois p'tits poids,
Trois p'tits quoi qui des fois
s'inventent plutôt des couples au pied levé
que de se dévoyer.
Ces amours ne sont pas belles, pas pures, pas pleines,
elles sont sincères quoiqu'éparpillées.
Ces amours ne sont pas vaines, pas chiennes, pas fausses,
elles sont sincères quoiqu'éparpillées.
Marabout, bout d'ficelle, selle de ch'val ch'val ch'valentin
tintamarre !
*emprunt à Oxmo Puccino.
mardi 7 février 2012
En émail vieux rose
vendredi 3 février 2012
Les yeux dans les creux
J'ai pas compris, je l'ai perdu ou pas.
J'ai pas suivi, je l'ai perdu oui da.
A quoi je le vois ?
Les dernières dix minutes, il fixait un point situé en haut, à droite de mes yeux.
Je fais ça aussi quand il est temps que l'on me laisse.
J'ai pas suivi, je l'ai perdu oui da.
A quoi je le vois ?
Les dernières dix minutes, il fixait un point situé en haut, à droite de mes yeux.
Je fais ça aussi quand il est temps que l'on me laisse.
jeudi 2 février 2012
en off
C'est joli même si c'est parfois féroce, mais toujours tendre. Ca me
change de ce monde complètement bancal. Heureusement qu'il y a toujours
quelque part une fleur à renifler sous le fumier.
d'un lecteur
d'un lecteur
mardi 31 janvier 2012
Affrontez qu'y disait
Ce n'est pas la marque d'une affection sincère.
La galanterie est un service public.
Un code de bonne conduite tacite, nécessaire.
Un soir il y avait une réunion en banlieue. On décide, les trois parisiens, de partir ensemble avec la voiture du Directeur. Départ 19h, retour estimé 01h.
On reprend la route à 01h30 finalement. La réunion s'est bien passée, il n'y a qu'une heure de route, c'est cool. Demain debout au taquet. Le Directeur dépose le premier mec au pied de son immeuble. Et puis six croisements plus tard il se gare en bas de chez lui.
"- Tu vois où c'est la Madeleine ?
- Ouais.
- Ca va aller pour le taxi ?
- C'est que c'est loin d'ici déjà, la Madeleine...
Tu me laisses ici ? Tu veux pas m'y pousser s'te plait ?
- Oonnh nooon écoute, j'ai le petit, j'suis claqué, vas-y j'ai jamais dis que je te ramènerai.
- Non, c'est vrai... biiin... On s'tiens au courant hein'
- Yes ! Bisous .prends.soin.de.toi. !"
L'humidité, la fatigue, un quartier résidentiel lugubre et le rythme des lampadaires et le bruit de l'écho et la lumière des sorties de garages. Chez soi, sans dommage physique vers 3h42.
Un soir, tout le monde s'est éparpillé très vite, pour des raisons variées. Nous étions encore trois. Le mec d'une pote commençait à tisaner sérieusement. Je sais pas bien pourquoi, j'ai voulu garder un oeil sur lui et l'attendre pour rentrer. Après la disparition du troisième et après un certain nombre d'épisodes allant du burlesque au gore, je m'en vais de la boîte, lassée. Il se retourne et me suit ! Tout bilboquet cabossé qu'il était, il quittait ce trou gluant des fonds de nuits parisiennes.
45 minutes plus tard. Seule, sous un crachin pourri et glacial, j'ai regagné le boulevard de Clichy. Il ne m'avait pas suivi et avait disparu... Si je dois avoir un taxi, c'est ici que je l'aurais. Je commence à dormir debout sur le bord du trottoir à guetter une lumière de taxi dispo. Je le vois pas venir. Le gars dégueulasse qui pue la pisse et qui postillonne. Quand j'en prends conscience, je l'entends marmonner des incantations à propos de grosses chattes et de bouches baveuses. Sans trop bouger la tête, je lève les yeux pour mieux le situer. Bien vu Lulu, il est en train de pencher vers moi, les bras visiblement en direction de mes hanches, mais l'élan de son corps ressemble à une fin de chute, comme s'il finissait de trébucher. Lentement je me tors pour esquiver sa courbe, il s'en aperçoit et là ! tente un mouvement de sa jambe gauche. La motricité d'un corps saoul est imprévisible : il est parti en diagonale dans une danse du crabe qui se termina la face dans les rosiers. Dès qu'il toucha le sol, je me mis en mode masculin d'office. Tu abaisses le centre de gravité de ton corps. Tu marches du bassin, le bassin en avant et les épaules tombantes. Pas de cambrure et de port altier ! Les mains dans les poches, remontées à la hauteur du ventre. Le casque du lecteur mp3. Un pas sur deux légèrement trainant, à la manière des cailles. Un visage fermé et des yeux impénétrables... 12 km/h de moyenne.
Y a jamais eu un taxi de dispo. Chez soi, avec quelques courbatures, 7h07.
Des histoires de retour au bercail épique il y en a. Des moins drôles bien sûr. Des positives aussi, fruits de rencontres. Mais dans l'ensemble l'objectif est de ne plus se retrouver dans de telles situations, et donc, le plus souvent possible, de réclamer sans vergogne que l'on me raccompagne à ma voiture ou à la borne de taxi ou à la station de métro. Attention, tout cela dans des limites de distance honnêtes et à partir d'une certaine heure de la nuit.
L'autre nuit j'étais vraiment garée loin. Il était vraiment très tard. Et la rue longeait un immense Institut de je ne sais pas quoi, perdu dans un grand parc clôt de hauts murs. Un garçon discutait depuis plusieurs dizaines de minutes avec moi et je lui fis mon appel. Il n'y a pas cru et nous poursuivions la conversation. Il parti pour prendre un taxi en vitesse, décidant au pied levé de prendre celui-ci. Oui mais arrivé en bas, la voiture était partie avec un lot d'invités. Je le vis réapparaître dans la soirée. Nous avons bien mis un quart d'heure à se rapprocher et je lui dis que nous pouvions marcher jusqu'au centre-ville ensemble. Lui y trouverait un taxi et moi, ma voiture.
Il haussa les sourcils et me regarda par en-dessous.
"- Parce que tu es sérieuse ? Tu ne peux pas marcher 7 minutes toute seule !?
- Non. Et c'est pas 7 minutes. C'est la rue déserte au bord d'une artère et un mur de 2 mètres pour tout décor, pendant 7 minutes.
- Mais il faudrait peut-être que tu affrontes tes peurs un jour..."
La dernière fois que je me suis défendue comme ça, j'avais 9 ans. Mon frère trouvait qu'il fallait que j'apprenne à chanter et moi je trouvais pas. J'avais donc croisé les bras très haut et très fort sur ma poitrine et j'avais soupiré en levant les yeux au ciel pour le fixer sévèrement et sans faille. Et bien là, j'ai fait pareil.
Je ne lui en voulais pas. Mais il me fallait trouver l'homme galant. Bien décidée à ne plus tenter le diable des voyages hors du commun. J'ai eu froid et l'envie de partir était maintenant pressante. Je suis allée dans la pièce où je trouverais mon gilet. Je le trouvais, lui.
"- Bon. Je t'accompagne si tu veux. C'est ok ?
un peu gauche je lui lance une pique - Bin t'es drôle à pas savoir ce que tu veux toi !?, et en m'entendant parler, de rectifier - Mais oUI ! Je veux, bien sur !"
A la hauteur de ma voiture je m'inquiète de savoir comment il va poursuivre et lui me fait remarquer une dernière fois :
"- Mais alors, c'est vraiment juste pour 'ça' que tu avais besoin qu'on te tienne la main ?
- ... ... ..." j'ai pas su quoi répondre. Il avait tellement raison d'avoir tort...
Ce n'est pas la marque d'une affection sincère. La galanterie est un service public. Un code de bonne conduite tacite, nécessaire. C'est tout.
La galanterie est un service public.
Un code de bonne conduite tacite, nécessaire.
Un soir il y avait une réunion en banlieue. On décide, les trois parisiens, de partir ensemble avec la voiture du Directeur. Départ 19h, retour estimé 01h.
On reprend la route à 01h30 finalement. La réunion s'est bien passée, il n'y a qu'une heure de route, c'est cool. Demain debout au taquet. Le Directeur dépose le premier mec au pied de son immeuble. Et puis six croisements plus tard il se gare en bas de chez lui.
"- Tu vois où c'est la Madeleine ?
- Ouais.
- Ca va aller pour le taxi ?
- C'est que c'est loin d'ici déjà, la Madeleine...
Tu me laisses ici ? Tu veux pas m'y pousser s'te plait ?
- Oonnh nooon écoute, j'ai le petit, j'suis claqué, vas-y j'ai jamais dis que je te ramènerai.
- Non, c'est vrai... biiin... On s'tiens au courant hein'
- Yes ! Bisous .prends.soin.de.toi. !"
L'humidité, la fatigue, un quartier résidentiel lugubre et le rythme des lampadaires et le bruit de l'écho et la lumière des sorties de garages. Chez soi, sans dommage physique vers 3h42.
Un soir, tout le monde s'est éparpillé très vite, pour des raisons variées. Nous étions encore trois. Le mec d'une pote commençait à tisaner sérieusement. Je sais pas bien pourquoi, j'ai voulu garder un oeil sur lui et l'attendre pour rentrer. Après la disparition du troisième et après un certain nombre d'épisodes allant du burlesque au gore, je m'en vais de la boîte, lassée. Il se retourne et me suit ! Tout bilboquet cabossé qu'il était, il quittait ce trou gluant des fonds de nuits parisiennes.
45 minutes plus tard. Seule, sous un crachin pourri et glacial, j'ai regagné le boulevard de Clichy. Il ne m'avait pas suivi et avait disparu... Si je dois avoir un taxi, c'est ici que je l'aurais. Je commence à dormir debout sur le bord du trottoir à guetter une lumière de taxi dispo. Je le vois pas venir. Le gars dégueulasse qui pue la pisse et qui postillonne. Quand j'en prends conscience, je l'entends marmonner des incantations à propos de grosses chattes et de bouches baveuses. Sans trop bouger la tête, je lève les yeux pour mieux le situer. Bien vu Lulu, il est en train de pencher vers moi, les bras visiblement en direction de mes hanches, mais l'élan de son corps ressemble à une fin de chute, comme s'il finissait de trébucher. Lentement je me tors pour esquiver sa courbe, il s'en aperçoit et là ! tente un mouvement de sa jambe gauche. La motricité d'un corps saoul est imprévisible : il est parti en diagonale dans une danse du crabe qui se termina la face dans les rosiers. Dès qu'il toucha le sol, je me mis en mode masculin d'office. Tu abaisses le centre de gravité de ton corps. Tu marches du bassin, le bassin en avant et les épaules tombantes. Pas de cambrure et de port altier ! Les mains dans les poches, remontées à la hauteur du ventre. Le casque du lecteur mp3. Un pas sur deux légèrement trainant, à la manière des cailles. Un visage fermé et des yeux impénétrables... 12 km/h de moyenne.
Y a jamais eu un taxi de dispo. Chez soi, avec quelques courbatures, 7h07.
Des histoires de retour au bercail épique il y en a. Des moins drôles bien sûr. Des positives aussi, fruits de rencontres. Mais dans l'ensemble l'objectif est de ne plus se retrouver dans de telles situations, et donc, le plus souvent possible, de réclamer sans vergogne que l'on me raccompagne à ma voiture ou à la borne de taxi ou à la station de métro. Attention, tout cela dans des limites de distance honnêtes et à partir d'une certaine heure de la nuit.
L'autre nuit j'étais vraiment garée loin. Il était vraiment très tard. Et la rue longeait un immense Institut de je ne sais pas quoi, perdu dans un grand parc clôt de hauts murs. Un garçon discutait depuis plusieurs dizaines de minutes avec moi et je lui fis mon appel. Il n'y a pas cru et nous poursuivions la conversation. Il parti pour prendre un taxi en vitesse, décidant au pied levé de prendre celui-ci. Oui mais arrivé en bas, la voiture était partie avec un lot d'invités. Je le vis réapparaître dans la soirée. Nous avons bien mis un quart d'heure à se rapprocher et je lui dis que nous pouvions marcher jusqu'au centre-ville ensemble. Lui y trouverait un taxi et moi, ma voiture.
Il haussa les sourcils et me regarda par en-dessous.
"- Parce que tu es sérieuse ? Tu ne peux pas marcher 7 minutes toute seule !?
- Non. Et c'est pas 7 minutes. C'est la rue déserte au bord d'une artère et un mur de 2 mètres pour tout décor, pendant 7 minutes.
- Mais il faudrait peut-être que tu affrontes tes peurs un jour..."
La dernière fois que je me suis défendue comme ça, j'avais 9 ans. Mon frère trouvait qu'il fallait que j'apprenne à chanter et moi je trouvais pas. J'avais donc croisé les bras très haut et très fort sur ma poitrine et j'avais soupiré en levant les yeux au ciel pour le fixer sévèrement et sans faille. Et bien là, j'ai fait pareil.
Je ne lui en voulais pas. Mais il me fallait trouver l'homme galant. Bien décidée à ne plus tenter le diable des voyages hors du commun. J'ai eu froid et l'envie de partir était maintenant pressante. Je suis allée dans la pièce où je trouverais mon gilet. Je le trouvais, lui.
"- Bon. Je t'accompagne si tu veux. C'est ok ?
un peu gauche je lui lance une pique - Bin t'es drôle à pas savoir ce que tu veux toi !?, et en m'entendant parler, de rectifier - Mais oUI ! Je veux, bien sur !"
A la hauteur de ma voiture je m'inquiète de savoir comment il va poursuivre et lui me fait remarquer une dernière fois :
"- Mais alors, c'est vraiment juste pour 'ça' que tu avais besoin qu'on te tienne la main ?
- ... ... ..." j'ai pas su quoi répondre. Il avait tellement raison d'avoir tort...
Ce n'est pas la marque d'une affection sincère. La galanterie est un service public. Un code de bonne conduite tacite, nécessaire. C'est tout.
mercredi 25 janvier 2012
27 au soir
Emilie, treize ans, doit vendre trois carnets de tickets de tombola. Ca la gonfle passablement de vendre ses tickets, sans compter que trois carnets de cinquante, c'est énorme pour sa faible force de persuasion. Il faut bien s'y coller, les copains avaient l'air motivés pour rafler la mise. Si elle ne s'y met pas dès ce soir, les voisins auront déjà donné deux fois et seront blasés de voir passer la troisième collégienne.
Allez, n°24. Sonnette.
"- Bonjour madame, je suis une élève de 5èmeB au collège Couperin, est-ce que vous voulez jouer à la grande tombola organisée le 26 ?
- Bin ça dépend. Qu'est-ce que j'gagne ?
-Y a beaucoup de lots intéressants. Les premiers prix c'ééé... un écran plasma et deux DS !
- Tu les vends combien tes tickets de tombola ?
- 2€
- Et c'est pour vous payer quoi ?
- Un voyage en Angleterre au mois d'avril.
- J't'en prends un."
Le temps qu'Emilie remplisse le coupon et la souche, qu'elle note l'adresse et le nom de la dame, elle ne cesse de turbiner pour savoir qu'elle serait la bonne formule qui ferait acheter d'autres tickets à la bonne femme. Trop dur. Ca lui pique les cuisses. Ca lui chauffe les tempes. Elle s'en fout.
n°26. Sonnette une fois, deux fois. n°28... n°30... 32..."- J't'en prends un."
Et la porte se referme encore sur Emilie qui n'aura vendu que huit tickets malgré vingt-et-un coups de sonnette.
"- J't'en prends moi poupée !! ...des tickets d'tombola. J't'en prends moi."
Elle tourne la tête et croise le regard d'un jeune type déloqué, assit à même le sol. Surprise, elle referme vite la main où elle recomptait ses malheureux seize euros.
"- Ca va, ça va... excuse ! Je brâille un peu... te fais pas d'bile... ... attends un peu..."
Le jeune mec se lève. Il est élancé. Il a un regard très doux, une barbe assez fournie mais pas sale. Emilie le regarde se lever et avancer vers elle. Elle lâche ses pièces au fond de sa poche et enfonce ses deux mains au fond de son manteau, la tête entrée dans les épaules. Sur la retenue.
"- Tu m'fais marrer depuis d'ta l'heur. J'ai pas beaucoup d'oseille tu sais. Nan, j'ai pas d'oseille. Et j'ai perdu l'habitude de prêter mes affaires. Mais ouais ! J'ai vu tes potes là... C'quoi ton nom déjà ?
- Emilie
- Biiin, j't'en prends dix des tickets de tombola. Eééééhééééhééhééhééhéhéh... Il a un rire en cascade qui coule comme le courant d'air sur la dune. Emilie papillonne des cils, laisse poindre un sourire de réconfort.
Il fait nuit depuis une heure. Emilie est rentrée depuis une heure. Dans sa chambre d'enfant elle regarde perplexe le carnet effeuillé de cinquante billets et l'autre qu'elle n'aurait pas dû attaquer. Autant elle sait qu'elle n'ira pas plus loin que ces cinquante-trois coupons de tombola vendus. Autant ça la contrarie, dans sa perception profonde de l'ordre des choses, d'avoir attaqué un carnet pour trois tickets. Gâchis conceptuel. Manque d'anticipation du crépuscule. Dommage.
"- Mais c'est un mec bizarre de quel âge exactement !?
- J'sais pas moi, un vieu' ! J'sais pas moi... ... vingt-huit ans'
- Bin tu sais quoi !? Il a pas d'adresse, il a pas ses lots."
26 au soir. Dans sa chambre d'enfant Emilie ne dort pas. Elle regarde le plafond, les mains en coussin sous sa tête, allongée sur son lit, le revers des draps bien remonté jusqu'au menton, la cheville droite sur la cheville gauche, le pied droit qui bat sous les draps. Parfois il y a des vagues de colère si fortes que des larmes lui montent aux yeux. Parfois il y a des vagues d'espoir si fortes que son thorax chauffe et se déploie.
n°28, n°30, 32... Emilie devrait être chez elle. A recopier ce truc que Youssoufa lui a fait pour le cours de physique. Mais sa mère l'a tellement dégoûté la veille, qu'elle peut pas éviter l'affaire. Le vieux clodo qu'avait, si facilement, fait sauter dix coupons de ses carnets de tombola de misère, elle lui rendrait les deux lots qu'il a gagné. Ce matin, en descendant, elle avait déjà pris son sac de sport pour faire naturel. Avant de passer à la cuisine, elle avait récupéré la "loisirs box 'les tables du terroir'" et l'écharpe en cachemire pour femme. Evidemment, il n'était pas là. Même lieu, même heure, ça suffit pas pour retrouver une personne ce genre d'arguments, ça se saurait !
Quitte à pas être au bon endroit au bon moment, quitte à désobéir, Emilie décide de descendre au centre et d'aller s'acheter un mille-feuille à la boulangerie Dubras.
27 au soir. Dans sa chambre d'enfant Emilie ne dort pas. Elle regarde le plafond, les mains en coussin sous sa tête, allongée sur son lit, le revers des draps bien remonté jusqu'au menton. Pourquoi elle n'avait pas écouté les grands ? Pourquoi il y a si peu de temps, une poignée d'heures, elle se sentait si sûre de sa perception de l'ordre des choses ? La cheville droite sur la cheville gauche, le pied droit qui bat sous les draps. Parfois elle ressent si fort la frousse de voir les deux mains de six vieux se tendre vers elle, que des larmes lui montent aux yeux. Pourquoi un regard si doux ne peut-il rester le même à chaque rencontre ? Parfois elle ressent si fort la colère de s'être trompé que son thorax chauffe et se déploie. Emilie papillonne des cils, laisse poindre une grimace. Sans avoir rien demandé, suivant la ligne droite de la droite conduite, elle avait finalement en horreur le sens du commerce, l'Angleterre et le mois d'avril, la miséricorde et les regards doux.
Trop dur. Ca lui pique les cuisses. Ca lui chauffe les tempes. Elle s'en fout.
Allez, n°24. Sonnette.
"- Bonjour madame, je suis une élève de 5èmeB au collège Couperin, est-ce que vous voulez jouer à la grande tombola organisée le 26 ?
- Bin ça dépend. Qu'est-ce que j'gagne ?
-Y a beaucoup de lots intéressants. Les premiers prix c'ééé... un écran plasma et deux DS !
- Tu les vends combien tes tickets de tombola ?
- 2€
- Et c'est pour vous payer quoi ?
- Un voyage en Angleterre au mois d'avril.
- J't'en prends un."
Le temps qu'Emilie remplisse le coupon et la souche, qu'elle note l'adresse et le nom de la dame, elle ne cesse de turbiner pour savoir qu'elle serait la bonne formule qui ferait acheter d'autres tickets à la bonne femme. Trop dur. Ca lui pique les cuisses. Ca lui chauffe les tempes. Elle s'en fout.
n°26. Sonnette une fois, deux fois. n°28... n°30... 32..."- J't'en prends un."
Et la porte se referme encore sur Emilie qui n'aura vendu que huit tickets malgré vingt-et-un coups de sonnette.
"- J't'en prends moi poupée !! ...des tickets d'tombola. J't'en prends moi."
Elle tourne la tête et croise le regard d'un jeune type déloqué, assit à même le sol. Surprise, elle referme vite la main où elle recomptait ses malheureux seize euros.
"- Ca va, ça va... excuse ! Je brâille un peu... te fais pas d'bile... ... attends un peu..."
Le jeune mec se lève. Il est élancé. Il a un regard très doux, une barbe assez fournie mais pas sale. Emilie le regarde se lever et avancer vers elle. Elle lâche ses pièces au fond de sa poche et enfonce ses deux mains au fond de son manteau, la tête entrée dans les épaules. Sur la retenue.
"- Tu m'fais marrer depuis d'ta l'heur. J'ai pas beaucoup d'oseille tu sais. Nan, j'ai pas d'oseille. Et j'ai perdu l'habitude de prêter mes affaires. Mais ouais ! J'ai vu tes potes là... C'quoi ton nom déjà ?
- Emilie
- Biiin, j't'en prends dix des tickets de tombola. Eééééhééééhééhééhééhéhéh... Il a un rire en cascade qui coule comme le courant d'air sur la dune. Emilie papillonne des cils, laisse poindre un sourire de réconfort.
Il fait nuit depuis une heure. Emilie est rentrée depuis une heure. Dans sa chambre d'enfant elle regarde perplexe le carnet effeuillé de cinquante billets et l'autre qu'elle n'aurait pas dû attaquer. Autant elle sait qu'elle n'ira pas plus loin que ces cinquante-trois coupons de tombola vendus. Autant ça la contrarie, dans sa perception profonde de l'ordre des choses, d'avoir attaqué un carnet pour trois tickets. Gâchis conceptuel. Manque d'anticipation du crépuscule. Dommage.
"- Mais c'est un mec bizarre de quel âge exactement !?
- J'sais pas moi, un vieu' ! J'sais pas moi... ... vingt-huit ans'
- Bin tu sais quoi !? Il a pas d'adresse, il a pas ses lots."
26 au soir. Dans sa chambre d'enfant Emilie ne dort pas. Elle regarde le plafond, les mains en coussin sous sa tête, allongée sur son lit, le revers des draps bien remonté jusqu'au menton, la cheville droite sur la cheville gauche, le pied droit qui bat sous les draps. Parfois il y a des vagues de colère si fortes que des larmes lui montent aux yeux. Parfois il y a des vagues d'espoir si fortes que son thorax chauffe et se déploie.
n°28, n°30, 32... Emilie devrait être chez elle. A recopier ce truc que Youssoufa lui a fait pour le cours de physique. Mais sa mère l'a tellement dégoûté la veille, qu'elle peut pas éviter l'affaire. Le vieux clodo qu'avait, si facilement, fait sauter dix coupons de ses carnets de tombola de misère, elle lui rendrait les deux lots qu'il a gagné. Ce matin, en descendant, elle avait déjà pris son sac de sport pour faire naturel. Avant de passer à la cuisine, elle avait récupéré la "loisirs box 'les tables du terroir'" et l'écharpe en cachemire pour femme. Evidemment, il n'était pas là. Même lieu, même heure, ça suffit pas pour retrouver une personne ce genre d'arguments, ça se saurait !
Quitte à pas être au bon endroit au bon moment, quitte à désobéir, Emilie décide de descendre au centre et d'aller s'acheter un mille-feuille à la boulangerie Dubras.
27 au soir. Dans sa chambre d'enfant Emilie ne dort pas. Elle regarde le plafond, les mains en coussin sous sa tête, allongée sur son lit, le revers des draps bien remonté jusqu'au menton. Pourquoi elle n'avait pas écouté les grands ? Pourquoi il y a si peu de temps, une poignée d'heures, elle se sentait si sûre de sa perception de l'ordre des choses ? La cheville droite sur la cheville gauche, le pied droit qui bat sous les draps. Parfois elle ressent si fort la frousse de voir les deux mains de six vieux se tendre vers elle, que des larmes lui montent aux yeux. Pourquoi un regard si doux ne peut-il rester le même à chaque rencontre ? Parfois elle ressent si fort la colère de s'être trompé que son thorax chauffe et se déploie. Emilie papillonne des cils, laisse poindre une grimace. Sans avoir rien demandé, suivant la ligne droite de la droite conduite, elle avait finalement en horreur le sens du commerce, l'Angleterre et le mois d'avril, la miséricorde et les regards doux.
Trop dur. Ca lui pique les cuisses. Ca lui chauffe les tempes. Elle s'en fout.
vendredi 13 janvier 2012
C'est beau, conduire la nuit. Tout est souligné. Il y a des balises de néons de partout et des réflecteurs et des phares mal réglés. Il y a des vaisseaux roses et des totems Ikea qui te dépassent. Il y a le métronome de la ligne marquée au sol et la vitre entr'ouverte d'où je laisse s'échapper la fumée de cigarette. Et les murs de brique des immeubles de banlieue, faiblement éclairés des réverbères, dessinent un univers inspiré de Tardi à Philip Glass.
Il y a aussi ces gros dirigeables lumineux, ces grosses libellules de taule et de plexiglas que sont les gymnases ! Les soirs d'hiver, quand je suis en route pour un concert, conduire la nuit c'est remarquer la présence de ces lieux de compétitions régionales, de gardiens lubriques, de vestiaires glacials et de sacs oubliés.
Un gymnase, c'est une acoustique sinistre. Les voix et le bruit des balles frappées sont distendus, comme légèrement gluants. Et le son sec, de la semelle de basket, sur le revêtement du sol, se charge de surpiquer tes oreilles.
Un gymnase, c'est des choses mal placées tout le temps. Le tremplin trop loin, le défenseur en retrait ou trop tôt, les ballons perdus sous les gradins, les barres pas remises au râtelier mais bien rentrées dans tes orteils, parce que tout est mal placé tout le temps.
Un gymnase, c'est trop loin. L'urbanisme des années 70/80 aura, le plus souvent, excentré ces bâtisses. C'est la traversée en solitaire d'une impasse lugubre ou d'un parking venteux pour s'y rendre les soirs d'hiver.
C'est beau conduire la nuit. Tout est souligné. Et les formes lumineuses qui dessinent un univers inspiré de Tardi à Philip Glass laissent s'échapper par la fenêtre entr'ouverte les rêveries en volutes.
lundi 9 janvier 2012
des images, des figures
La dernière séance d'enregistrement de Billie Holiday. 1959. Une photographie de Milt Hinton.
La terreur. De la frousse, des frissons dans le dos et une boule dans le ventre. Suivre des yeux la voûte noire de cette silhouette rabougrie et trébucher dans l'ombre qui plane derrière elle. Pour tout décor un pupitre, un micro et un verre plein. La musique, la voix et l'alcool. Cette photo fout la frousse, met mal à l'aise. Chaque bout de sa peau, la lumière sur ses doigts, chaque pli de son visage, la lumière dans ses cheveux, ce twin-set noir rigide et cette jupe de laine et cette montre-pendentif.
Ce malaise me touche. Derrière une épaisseur de gêne apparaît une chaleur étrange qui transforme la peur en tristesse. Comme dans la vie, la peur que l'on ressent face à une personne, face à un choix ou à un endroit, une fois mise à l'épreuve du temps et le plat réchauffé, devient une sourde et lourde tristesse.
mardi 23 août 2011
L'intrusion
On amène la nouvelle personne qui partage ma chambre, la troisième depuis mon entrée, vers 11h. Une petite dame toute bancale, les mains en moignons et la voix éraillée.
Gonflée d'une énergie nouvelle, car je marche quasiment sans effort depuis le matin et ce après cinq jours à l'horizontal bercée dans des lits de douleurs variées, je suis avenante et loquace !
Je me prête volontiers aux bavardages de bonnes femmes, qui d'ordinaire m'épuisent et me font prendre le masque de la snob sans contrainte aucune. Erreur ! Grave erreur...
En quatre minutes peut-être je connais déjà sa mère et ses pathologies, son fils et les sorties du week-end qu'elle aime organiser pour sa petite fille... C'est un talent caché des croquantes que de me piéger dans ce jeu du questionnaire inquisitoire. Car en vient ensuite son intérêt pour moi. Du moins, l'objet de son intérêt pour moi, l'occasion de se comparer à quelqu'un. Et avec, je ne sais dire s'il s'agit là d'adresse, de perversité ou de spontanéité, elle enchaîne trois questions qui m'amènent naïvement à donner la quasi totalité de mon parcours de vie.
Je n'apprécie pas la rapidité de cette discussion mais quand elle me lance un ultime et sec "vous avez quel âge ?", je réponds encore. Ma tête s'échauffe mais je ne veux pas la froisser. Elle, ne se prive pas de conclure, de sa voix de vieille femme bancale "oui. Donc bien évidemment, pas de mari, pas d'enfant : il est peut-être temps d'y songer vous savez !?"
Littéralement scotchée par cette intrusion, ce viol, comme entachée par les mots de cette vieille femme, certainement plus sotte que méchante, je souris, me fige, remets mes lunettes et reprends la lecture de Zweig en prenant un temps infini pour repositionner mes coussins et faire trois inspire/expire yogiques.
J'entends au loin quelques derniers échos "et vous travaillez dans quoi ?", "moi, j'étais agricultrice... d'abord l'élevage, puis les céréales uniquement." Et puis il y eu le doux bruissement des draps du lit de la personne qui partage ma chambre. Signal d'un repos certain, de l'évanouissement de toute tentative de bavardage.
Gonflée d'une énergie nouvelle, car je marche quasiment sans effort depuis le matin et ce après cinq jours à l'horizontal bercée dans des lits de douleurs variées, je suis avenante et loquace !
Je me prête volontiers aux bavardages de bonnes femmes, qui d'ordinaire m'épuisent et me font prendre le masque de la snob sans contrainte aucune. Erreur ! Grave erreur...
En quatre minutes peut-être je connais déjà sa mère et ses pathologies, son fils et les sorties du week-end qu'elle aime organiser pour sa petite fille... C'est un talent caché des croquantes que de me piéger dans ce jeu du questionnaire inquisitoire. Car en vient ensuite son intérêt pour moi. Du moins, l'objet de son intérêt pour moi, l'occasion de se comparer à quelqu'un. Et avec, je ne sais dire s'il s'agit là d'adresse, de perversité ou de spontanéité, elle enchaîne trois questions qui m'amènent naïvement à donner la quasi totalité de mon parcours de vie.
Je n'apprécie pas la rapidité de cette discussion mais quand elle me lance un ultime et sec "vous avez quel âge ?", je réponds encore. Ma tête s'échauffe mais je ne veux pas la froisser. Elle, ne se prive pas de conclure, de sa voix de vieille femme bancale "oui. Donc bien évidemment, pas de mari, pas d'enfant : il est peut-être temps d'y songer vous savez !?"
Littéralement scotchée par cette intrusion, ce viol, comme entachée par les mots de cette vieille femme, certainement plus sotte que méchante, je souris, me fige, remets mes lunettes et reprends la lecture de Zweig en prenant un temps infini pour repositionner mes coussins et faire trois inspire/expire yogiques.
J'entends au loin quelques derniers échos "et vous travaillez dans quoi ?", "moi, j'étais agricultrice... d'abord l'élevage, puis les céréales uniquement." Et puis il y eu le doux bruissement des draps du lit de la personne qui partage ma chambre. Signal d'un repos certain, de l'évanouissement de toute tentative de bavardage.
mardi 7 décembre 2010
Le temps que la stupeur retombe
Je ne dors pas. C'est pas nouveau. Je dors peu depuis la classe de CM2, l'époque où le fantôme de Ceaucescu habitait la penderie de ma chambre. Mon premier choc cathodique, l'avant-garde du docu-fiction... Mais en ce moment, je dors vraiment peu. Alors pour tenter de leurrer la fatigue et donner un semblant de cheminement à mes soirées vers les bras de Morphée, je reste dehors jusqu'à minuit. J'espère toujours rentrer éreintée et me coucher de suite pour dormir profondément à minuit-quinze. Mon organisme rigole la plupart du temps. Minuit-quinze... qu'est-ce à dire !?
Ce soir là je vais au cinéma. Le dernier Harry Potter joue au Wepler en VO à 21h30. Nous faisons la queue dans le froid. Comme j'avais peu dormi je portais mes lunettes à la place de mes lentilles. Pas les lunettes classiques noires, les lunettes fifties avec la monture beige hyper ronde, hyper grande. Et comme il gèle, ajoutez à cela une chapka en fil synthétique sur le front et les joues. Je sais pas si c'est ma touche qui l'a fait rire mais le caissier, pour se consoler du fait que je n'étais ni étudiante, ni chômeuse et d'aucune façon à tarifier préférentiellement, me fit une place demi-tarif. Le temps que je compose mon code de carte bleue sur le terminal, je relève la tête et adresse un grand sourire dans un merci franc et fort, il avait quitté sa place et c'était un petit gars rachitique à la grise mine qui me rendait ma carte et le ticket de caisse. J'ai pas compris. Semi-joie.
Durant les quelques 24 minutes de réclame mêlée de bande-annonces racoleuses - je me suis rendue compte que je n'allais presque jamais dans une salle multiplex et que l'ambiance des cinémas de quartier m'a fait perdre l'habitude de cette industrie gluante et mielleuse - est arrivé un vieux monsieur dans ma rangée, il s'est assit à ma droite. Un vieux monsieur plus vieux que ne l'ont jamais été mes grand-pères !
Le dernier Potter c'est froid, hivernal, c'est le règne de Voldemort en somme, une hécatombe ! Et à chaque fois que les 'brroums brroums' de basses annonçaient la venue des forces du mal, le vieux et moi ont repliait nos jambes et enfouissait nos têtes dans nos cols roulés. Entre autres contorsions, il m'a donné un coup de pied dans le tibia et un peu plus tard, il a saisi ma main. Enfin l'accoudoir. Mais il y avait ma main dessus. Le temps que la stupeur retombe et il l'ôta rapidement.
A la fin du film, rapport aux salles que je fréquente d'ordinaire, je suis restée pour le générique et le vieux monsieur s'est levé. Ca me chagrinait, je voulais voir son visage. Alors je l'ai regardé se hisser difficilement à minuit-moins-dix entre les fauteuils de ma rangée, sur la droite. Au bout de l'allée, il s'est arrêté et les loupiotes du sol dessinaient le contour de son visage. Nous nous sommes regardés. Et en observant la très faible lueur dans ses yeux sans eau, j'ai vu qu'il me souriait.
Ce soir là je vais au cinéma. Le dernier Harry Potter joue au Wepler en VO à 21h30. Nous faisons la queue dans le froid. Comme j'avais peu dormi je portais mes lunettes à la place de mes lentilles. Pas les lunettes classiques noires, les lunettes fifties avec la monture beige hyper ronde, hyper grande. Et comme il gèle, ajoutez à cela une chapka en fil synthétique sur le front et les joues. Je sais pas si c'est ma touche qui l'a fait rire mais le caissier, pour se consoler du fait que je n'étais ni étudiante, ni chômeuse et d'aucune façon à tarifier préférentiellement, me fit une place demi-tarif. Le temps que je compose mon code de carte bleue sur le terminal, je relève la tête et adresse un grand sourire dans un merci franc et fort, il avait quitté sa place et c'était un petit gars rachitique à la grise mine qui me rendait ma carte et le ticket de caisse. J'ai pas compris. Semi-joie.
Durant les quelques 24 minutes de réclame mêlée de bande-annonces racoleuses - je me suis rendue compte que je n'allais presque jamais dans une salle multiplex et que l'ambiance des cinémas de quartier m'a fait perdre l'habitude de cette industrie gluante et mielleuse - est arrivé un vieux monsieur dans ma rangée, il s'est assit à ma droite. Un vieux monsieur plus vieux que ne l'ont jamais été mes grand-pères !
Le dernier Potter c'est froid, hivernal, c'est le règne de Voldemort en somme, une hécatombe ! Et à chaque fois que les 'brroums brroums' de basses annonçaient la venue des forces du mal, le vieux et moi ont repliait nos jambes et enfouissait nos têtes dans nos cols roulés. Entre autres contorsions, il m'a donné un coup de pied dans le tibia et un peu plus tard, il a saisi ma main. Enfin l'accoudoir. Mais il y avait ma main dessus. Le temps que la stupeur retombe et il l'ôta rapidement.
A la fin du film, rapport aux salles que je fréquente d'ordinaire, je suis restée pour le générique et le vieux monsieur s'est levé. Ca me chagrinait, je voulais voir son visage. Alors je l'ai regardé se hisser difficilement à minuit-moins-dix entre les fauteuils de ma rangée, sur la droite. Au bout de l'allée, il s'est arrêté et les loupiotes du sol dessinaient le contour de son visage. Nous nous sommes regardés. Et en observant la très faible lueur dans ses yeux sans eau, j'ai vu qu'il me souriait.
vendredi 12 novembre 2010
Une de mes meilleures hypocritiques
Beaucoup de choses en mouvement, le tout dans une stagnation désarmante.
L'énergique est toujours aussi fatiguée des jugements à l'emporte pièce des Autres et s'efforce d'être la plus caricaturale possible dans son personnage de clown impudique. Comme ça pas de regret. Chaque con à sa place et les buses seront bien gardées. En gros tout va bien.
Signer 'je t'emmerde' ou 'je t'embrasse' aurait fait tomber le funambule du cynisme.
L'énergique est toujours aussi fatiguée des jugements à l'emporte pièce des Autres et s'efforce d'être la plus caricaturale possible dans son personnage de clown impudique. Comme ça pas de regret. Chaque con à sa place et les buses seront bien gardées. En gros tout va bien.
Signer 'je t'emmerde' ou 'je t'embrasse' aurait fait tomber le funambule du cynisme.
lundi 1 novembre 2010
Les ravis en transport
Elle est jolie et pleine de grâce, elle sourit aux anges dans ce wagon bondé malgré l'heure avancée. Elle est assise sur un strapontin à la manière de ces filles de manga, les pieds au sol écartés de quarante centimètres mais les mains jointes sur les genoux qui eux, sont serrés. Il manque des petites bulles de savon flottants autour de son visage pour parfaire le tableau.
J'imagine aisément qu'elle rentre de son cour d'arabe où l'homme qu'elle apprécie le plus de son groupe l'a raccompagné à la station de métro, comme à l'accoutumée, sauf que cette fois il osa la laissé sur un timide mais brûlant baiser.
Lui entre en trébuchant et ça le fait sourire. Un grand gars, barbe de trois jours, en costume de ville bleu marine et chemise rayée, la cravate desserrée et de travers, un air à la Jude Law, débrayé comme il faut... Il reste debout et s'accroche au plafond dans les virages, manque de renverser la flûte de champagne en plastique qu'il maintient haut comme pour trinquer à la vie. Il est joli et plein de douceur, il sourit aux anges dans ce wagon bondé malgré l'heure.
J'imagine aisément qu'il s'est échappé d'un cocktail organisé par sa société où la femme qu'il apprécie le plus de son étage l'a suivi à chacun de ses pas, comme souvent, sauf que cette fois elle osa lui caresser la main timidement mais sans équivoque.
J'imagine aisément qu'elle rentre de son cour d'arabe où l'homme qu'elle apprécie le plus de son groupe l'a raccompagné à la station de métro, comme à l'accoutumée, sauf que cette fois il osa la laissé sur un timide mais brûlant baiser.
Lui entre en trébuchant et ça le fait sourire. Un grand gars, barbe de trois jours, en costume de ville bleu marine et chemise rayée, la cravate desserrée et de travers, un air à la Jude Law, débrayé comme il faut... Il reste debout et s'accroche au plafond dans les virages, manque de renverser la flûte de champagne en plastique qu'il maintient haut comme pour trinquer à la vie. Il est joli et plein de douceur, il sourit aux anges dans ce wagon bondé malgré l'heure.
J'imagine aisément qu'il s'est échappé d'un cocktail organisé par sa société où la femme qu'il apprécie le plus de son étage l'a suivi à chacun de ses pas, comme souvent, sauf que cette fois elle osa lui caresser la main timidement mais sans équivoque.
samedi 16 octobre 2010
Mon cul sur sa plume
« Non mais tu rigoles ? Tu crois que je vais te livrer mes fantasmes entre deux verres de chablis ? Des trucs que je partage qu'avec mon ordinateur ? » J'en mène pas trop large, face à Lucie, ce lundi soir à Paris. Elle était pourtant d'accord un peu pour me raconter ses histoires intimes. Mais j'y suis allé trop fort. Ses yeux bleus m'allument : « T'as vu la vierge ou quoi ? » Ben justement non, je dis, je voulais parler de ça avec elle parce qu'elle était pas… Enfin… « Vierge » c'était pas trop le mot… Euh... « T'es vraiment con ! », elle éclate de rire. Tournée !
Elle recoiffe ses jolis cheveux. « J'habitais pas encore sur Paris. J'y allais de temps en temps, de ma campagne, pour des concerts. Au Nouveau Casino. A cette époque-là, y avait un serveur, derrière le bar de gauche… Juste en regardant la scène je sentais une attirance. J'avais un magnétisme pour ce bar-là… Pourtant il était désagréable au possible, comme serveur, pas sympa du tout. Je savais juste ce qu'il faisait sur mon corps à distance… Des mouvements dans le ventre… Un truc qui irradie et qui te met en ébullition... » Lucie retourne de temps en temps dans le rade, en espérant que ce ne soit pas le jour de repos du serveur. Elle le perd de vue. Et le retrouve, deux ans plus tard, au Batofar - une salle« à l'avant-garde électro-techno ». On lui certifie que ce barman, ce Seb, là, n'a jamais bossé au Nouveau Casino. Elle en est sûre, pourtant : « C'est vrai que je reconnaissais pas sa tronche, mais l'effet qu'il faisait sur moi. » Elle fréquente le Batofar, de temps en temps. Sympathise du bout des doigts avec Seb, toujours pas cool. Et finit par lui griffonner des petits mots sur des bouts de papier qu'elle laisse derrière son comptoir, « tout ça dans une ambiance tendue, avec le son à fond, lui qui cherche un stylo dans le bordel pour me répondre, c'était beau, ces échanges épistolaires ». Un soir, Lucie écrit : « Et si un jour je te propose mes lèvres, est-ce que tu dirais oui ? » Il répond. « Avec plaisir. » Rendez-vous est pris pour dimanche minuit, chez Seb.
« Ça a été hyper chouette tout de suite. S'enlacer, se griffer le dos, se sucer le cou… Puis on prend le temps de se faire un thé, de se rouler un pétard, on déconne… Et on commence à glisser sur une table de cette taille-là… Un bar américain on s'embrasse terriblement… On se déshabille sur le comptoir tout doucement… On savoure… Il avait la technique, mais y avait l'âme, il était pas empressé, ça coulait de source comme en hip-hop, tu vois, comme s'il avait le flow ! On glisse par terre, on arrive sur le lit… Il me fait jouir une fois, on discute, et je lui demande si il a travaillé au Nouveau Cas'. Il me dit oui. Au moment où je suis dans ses bras, où tout est parfait, il me confirme ça - c'est cool ! J'ai un sixième sens ! Il m'a fait jouir plusieurs fois dans la nuit… J'étais allongée sur le ventre, les jambes un peu serrées… Lui couché sur moi dans la même position… On fait l'amour… A un moment, il s'est ôté… De moi… Il est redescendu pour me lécher… J'ai jamais compris comment il a fait, mais il a fait rentrer son majeur dans mon cul avec une douceur, une rapidité et une profondeur d'expert. C'est le seul qui ait jamais réussi. Il avait une super belle queue… Assez épaisse, bien proportionnée, ferme… Ça compte, la fermeté… Parce que les mec bourrés, cokés, sous héro, la queue elle est pas ferme du tout. » Juste à côté, nos voisines nous observent stupéfaites. Elle parle à voix basse, pourtant, Lucie, de Seb… Ce mec qui bossait la nuit… Qui n'était pas fatigué à cinq heures du matin… « Alors pour s'endormir, il va regarder un petit DVD… Et là il sort le dernier DVD de Dieudonné… J'ai cru que c'était une blague, un test, mais non : il kiffait le spectacle ! Enfin c'était une super nuit d'amour. » Sans lendemain : Seb lui explique qu'avec lui, « une fois n'est pas coutume ».
On commence à abuser du chablis… Ça déconne un peu… Alors on passe au cognac et en Hongrie : Lucie y était partie faire un chantier. « C'était un peu la France des années 50… La misère de Doisneau, les p'tits Gavroche sur les fortifs… On était dans une petite auberge… Un soir des mariniers débarquent à une vingtaine, parce que le Danube passait juste à côté. Et les mariniers, c'est un peu le même truc que les chauffeurs routiers. C'est un peu ça quand même. C'est franchement ça. On buvait pas mal… Y en a un c'était son anniversaire… Je suis partie avec celui qui me plaisait le plus. Il s'agissait pas d'être dans le subtil et le sentiment. On était en Hongrie, on était torchés, on parlait pas la même langue, lui c'était un marinier et moi j'étais une petite française bénévole sur un chantier de patrimoine. Alors on a traversé le parking et on est arrivés au supermarché Tesco. J'achète une bouteille de rouge et une boîte de capotes. Et on se retrouve à errer dans les rues… Pas d'éclairage public, des vieux chiens pouilleux, les gens couchés à 21 heures, pas d'incivilités, c'est Strasbourg en 1954 cette ville. On arrive sur un banc dans un square au bord du Danube. »
Lucie détache consciencieusement chaque mot pour que j'imagine tout à fait : « Là, je me suis prêtée à un-vrai-jeu-de-sa-lo-pe. Plus chatte tu meurs, à frotter, à minauder, à cambrer, asseoir sur les genoux : si j'avais pu roucouler, je l'aurais fait. Avec un mec comme ça, t'as envie d'être Beyoncé et de danser comme une pute comme dans les clips de M6 ! Un marinier qui sent le mâle, qui a bu avec ses potes toute la soirée et qui est foutu comme un boys band… Je commence à enlever la braguette et à tenter de le sucer sur le banc en pleine nuit… Il manque juste la fanfare de Kusturica et un chien qui hurle à la mort en haut sur la droite… Et puis j'aime sucer, c'est un vrai plaisir, c'est vraiment un bonbon, un sucre d'orge, j'adore ça… Je commence bien… Il aime bien… Et là il retire ma tête, il me redresse, il se rhabille, il s'assoit sur le banc, il débouche la bouteille de rouge achetée au Tesco et il ouvre son Nokia de 1998. Il me montre la photo de son écran, une ado de 16 ans brune adossée contre un muret. J'ai compris tout de suite. C'est le gros loulou au cœur tendre, il a 23 ans, sa copine elle en a 16, elle est restée au village, il peut pas se faire sucer... Il me dit qu'il l'aime, qu'il est pas comme ça… Ça dégénère… Au bout d'une demi-heure, il finit par pleurer… Il me tombe dans les bras... 'J'en ai trop envie avec toi, t'es super sexy, mais j'ai pas le droit de faire ça…' Et je le consolais… C'était surréaliste. » Lucie rentre seule à son auberge.
Elle rentrera seule ce soir aussi, d'ailleurs. Parce que Lucie ses mecs ils se tirent. Et elle aimerait bien qu'ils restent, parfois. Souvent. Lucie maintenant elle appelle Jeanne au secours, la copine à Brassens. C'est que chez elle, « on est n'importe qui, on vient n'importe quand / Et, comme par miracle, par enchantement / On fait partie de la famille / Dans son coeur, en se poussant un peu / Reste encore une petite place »... Mais elle est triste, Lucie, qu'en étant la Jeanne elle ne soit jamais la femme… Elle me dit… Je la regarde partir, sur son vélo… Elle est belle comme un rêve de pierre… Elle m'envole, Lucie, je lui souris… Alors si vous la rencontrez, bizarrement parée, se faufilant au coin d'une rue égarée, la tête et l'œil bas comme un pigeon blessé, parce qu'encore un connard l'aura laissée… Regardez, messieurs, cette bohême, cette duchesse, ce bijou, cette richesse. Elle m'a bercé un soir, quelques mots, quelques heures. Et dans ses deux mains elle a réchauffé mon cœur.
de Pierre Souchon
de Pierre Souchon
dimanche 1 août 2010
Recherche urbain nyctalope
T'es bien. T'as évité les zones rouges, les zones noires.
Une grosse lune rousse s'élève au-dessus de la nationale et tu roules peinard vers la suite des événements.
Et il y a un type qui s'avance derrière toi, jusqu'à te coller aux basques avec ses phares antibrouillard.
Il fini par te doubler même s'il a bien hésité 6 minutes de trop pour le faire. Ce genre de voisin d'asphalte, c'est comme les voitures qui roulent à 20 en centre-ville - les vieux - ce genre de cousin de la ligne blanche, tu peux parier sans dommage sur son origine - c'est un parisien.
Soixante-quinze... Soixante-quinze... Il faudra que l'on m'explique un jour ce qu'évoque le brouillard à un parisien. Faudrait lui dire qu'une route sans lampadaire c'est pas dangereux en soit et que ses phares de croisement suffisent. C'est pas parce qu'il a peur de la nature à l'état brut (si l'on peut ainsi parler d'une route nationale) qu'il doit aveugler les autres automobilistes. C'est quoi ce délire des urbains avec les phares antibrouillard, un signe de fraternité ? Faudra qu'on m'explique...
Une grosse lune rousse s'élève au-dessus de la nationale et tu roules peinard vers la suite des événements.
Et il y a un type qui s'avance derrière toi, jusqu'à te coller aux basques avec ses phares antibrouillard.
Il fini par te doubler même s'il a bien hésité 6 minutes de trop pour le faire. Ce genre de voisin d'asphalte, c'est comme les voitures qui roulent à 20 en centre-ville - les vieux - ce genre de cousin de la ligne blanche, tu peux parier sans dommage sur son origine - c'est un parisien.
Soixante-quinze... Soixante-quinze... Il faudra que l'on m'explique un jour ce qu'évoque le brouillard à un parisien. Faudrait lui dire qu'une route sans lampadaire c'est pas dangereux en soit et que ses phares de croisement suffisent. C'est pas parce qu'il a peur de la nature à l'état brut (si l'on peut ainsi parler d'une route nationale) qu'il doit aveugler les autres automobilistes. C'est quoi ce délire des urbains avec les phares antibrouillard, un signe de fraternité ? Faudra qu'on m'explique...
mardi 6 juillet 2010
en émail vieux rose
Je prends une photo écornée de ma correspondante anglaise
et puis la boîte à dents de lait en émail vieux rose.
Je prends le gros poste à cassettes, rouge et vert made in Taiwan
et le plaid à carreaux offert par Frigel.
Je prends aussi la pierre carrée de sous les pavots
ainsi que la pompe à eau rouillée du potager.
Je mets les embruns d'automne des remparts de Saint-Malo
et les piqûres d'orties et les sangsues d'étangs
dans un flacon d'exposition de Paris Yves Saint Laurent.
J'ajoute à cela le sifflement du voisin
et un zeste de la corne de mes pieds.
Et puis la peur des chiens de la casse
et les mobylettes décharnées
Je prends aussi le chuintement de la chouette effraie
et la queue d'un lézard vert.
Je mets les odeurs des soirs de moisson
et les salles de répéte et la messe de Pâques
dans le flacon d'exposition de Paris Yves Saint Laurent.
Et puis ensuite j'ébouillante le flacon
le secoue jusqu'à l'émulsion de la substance.
Légère et pétillante, vieux rose, elle est appétissante.
Et j'en bois trois goulées, c'est encore chaud.
Et puis je fonds juste quatre secondes
avant de refaire surface et de reprendre l'air.
Puis je cherche la carte routière des Bouches-du-Rhône
et puis la boule grasse du siphon de ma douche
et aussi les graffitis de la poutre droite de l'abri bus
Pour mettre tout ça dans une enveloppe en mousse.
Et l'esprit reprend sa fuite, se recyclant durablement
intégrant parfois des liqueurs immondes.
C'est pas toujours vrai qu'on retient que le bien.
Même si c'est bon de fondre juste quatre secondes
avant de refaire surface et de reprendre l'air.
Et la raison écrit la suite, remâchant à tout moment
ce que le passé offre de fondations au grand pari
Et l'histoire en tricycle récupère des bribes d'égouts
entre deux absences de quatre secondes
qui ramènent à la surface à coups d'instants de répit.
mercredi 30 juin 2010
Éloigne les mouches
8h20. Dans un mouvement gauche en cherchant à ranger un truc, la bouteille de vinaigre tombe et se brise. Et ça sent fort.
Et ça sent le vinaigre le matin à 8h30. Transportée en 1988, un matin de novembre, sous le minuscule préau de la cour d'école, en rang, devant le prof à la mine sévère avec pour panorama des trombes d'eau et de la brume sur la cour et en guise de bande son, le lourd goutte à goutte de la gouttière percée du préau. Et aussi les mouvements sous cellophane que chacun produit en bougeant, en portant sa main à la goutte du nez par exemple.
Un peu plus loin devant, il y a Cindy. Pas la peine de vérifier, le vent arrive de face et ça sent le vinaigre. De septembre à novembre, la plupart des minots subissent la torture au peigne anti-poux dans l'angoisse muette et fébrile de tomber sur une lente. Une lente, le mot même est laid. C'est un truc à retardement qui prend son temps avant d'imploser sur ta tête ?
Cindy et Élodie sont frangines. Cindy est rieuse, à la fois grossière et prude. Et Élodie c'est la petite soeur un peu vicieuse sur les bords avec un bon fond. Ma tante les appelle les jolies rouquines. C'est vrai qu'elles sont jolies mais à l'école, s'afficher avec Cindy c'est pas facile. Comment décrire la violence brute et gratuite de l'enfance... Et donc quand la saison veut que sa mère lui badigeonne la tête de vinaigre trois fois par semaine, c'est moins pénible de l'éviter tant il est désagréable de rester près de ses cheveux.
J'aimerai bien me souvenir de Cindy en d'autres occasions qu'un épandage de vinaigre matinal. Tans pis, c'est donc là la clef de la porte b.657 de ma mémoire pour nourrir une pensée pour elle. Voilà une évidence que je monte consigner dans le grimoire des drôleries.
Et ça sent le vinaigre le matin à 8h30. Transportée en 1988, un matin de novembre, sous le minuscule préau de la cour d'école, en rang, devant le prof à la mine sévère avec pour panorama des trombes d'eau et de la brume sur la cour et en guise de bande son, le lourd goutte à goutte de la gouttière percée du préau. Et aussi les mouvements sous cellophane que chacun produit en bougeant, en portant sa main à la goutte du nez par exemple.
Un peu plus loin devant, il y a Cindy. Pas la peine de vérifier, le vent arrive de face et ça sent le vinaigre. De septembre à novembre, la plupart des minots subissent la torture au peigne anti-poux dans l'angoisse muette et fébrile de tomber sur une lente. Une lente, le mot même est laid. C'est un truc à retardement qui prend son temps avant d'imploser sur ta tête ?
Cindy et Élodie sont frangines. Cindy est rieuse, à la fois grossière et prude. Et Élodie c'est la petite soeur un peu vicieuse sur les bords avec un bon fond. Ma tante les appelle les jolies rouquines. C'est vrai qu'elles sont jolies mais à l'école, s'afficher avec Cindy c'est pas facile. Comment décrire la violence brute et gratuite de l'enfance... Et donc quand la saison veut que sa mère lui badigeonne la tête de vinaigre trois fois par semaine, c'est moins pénible de l'éviter tant il est désagréable de rester près de ses cheveux.
J'aimerai bien me souvenir de Cindy en d'autres occasions qu'un épandage de vinaigre matinal. Tans pis, c'est donc là la clef de la porte b.657 de ma mémoire pour nourrir une pensée pour elle. Voilà une évidence que je monte consigner dans le grimoire des drôleries.
mercredi 23 juin 2010
Fragment d'un discours amoureux
- Ah bin elle a un bien beau cul en tout cas
- Ca va pas non !?
- Bin quoi, j'suis pas PD moi, jdis ce que j'vois
- Ouais ouais, allez circule !
- Salope...
- Connard !
- Ca va pas non !?
- Bin quoi, j'suis pas PD moi, jdis ce que j'vois
- Ouais ouais, allez circule !
- Salope...
- Connard !
mercredi 2 juin 2010
Je travaille en vitrine à Pigalle
"Mais non ! Mais comment tu peux dire ça ! Leila t'as pas le droit de (...) de quoi !!?? Mais t'es frappé ça va pas bien (...) hummmm (...) WhoooOOO Tu t'calmes là ?! J'étais à une soirée, IL Y AVAIT il y avait des gens sympas et (...) Tu voudrais que je m'fasse chier, c'est ça ? (...) En dehors de toi, plus rien ne doit me rendre heureux ?? C'est ça l'histoire ? Mais (...)"
Ca fait bien vingt-cinq minutes que ça dure... Ya un mec qui s'est installé contre la vitrine de mon bureau en rez-de-chaussée. En cette 'saison de cars scolaires blindés de jeunes allemands', passée une certaine heure, et de façon générale, passée une certaine heure quand je reste au bureau pour une raison ou une autre, je tire le rideau noir de la vitrine. Je n'en reste pas moins vulnérable. Mais au moins, seuls les sons percent, les images restent au large.
Je trace ma route sur le travail de graphisme qui m'occupe. Curieuse et de toute façon accaparée par cette engueulade téléphonique, je suis les aventures de Leila et le mec. Visiblement l'Atlantique les sépare pour un temps et elle lui fait une crise de jalousie à distance.
Je sais pas pourquoi, j'ai l'impression d'entendre Leila. Et je sais pas pourquoi - si je sais, je n'ai aucune foi envers les histoires à distance - j'ai l'impression qu'elle ne vit pas une crise d'absence ou de jalousie mais qu'elle cherche plutôt à solder toutes les saloperies de couple qu'elle peut prétexter en attendant le biseau.
"Mais putain (...) Mais non (...) mais arrête putain ! Plus doucement steuplaît Leila. Leila. LEILA. É Écoute-moi. Écou (...) Non. Écoute-moi : je t'aime. D'accord ? C'est toi que j'aime et personne d'autre. M'en fout des autres. Tu vois. C'est pas simple en ce moment, j'comprends que tu pètes un plomb. Tu me manque aussi. (...)"
Que je suis mauvaise langue ! C'est chouette : il est là pour elle malgré les kilomètres et il semblerait que ça se confirme, c'est moi qui suis une handicapée de l'amour. Allez mec ! Vas-y ! Calme là !!! J'ai envie d'aller à la vitrine et de tirer le rideau noir. Juste pour voir s'il ressemble à l'image que je m'en fais. Un grand mec, les cheveux ras 'sabot de trois', baraqué, menton carré, look pas très soigné voire ringard. Mais non ! Je bosse ! Allez zou. On avance et on profite de cette séance de voyeurisme même pas provoquée.
"Ah ouais ! Mais tu penses ça de moi !?? (...) hummmmm mais attends attends attends : tu penses vraiment ce que tu dis là ?! (...) (...) Nan bin je sais pas... OK ! J'te rappelle qu'il y a pas une heure tu me disais devenir folle sans moi. J'comprends pas bien enfin SI, j'ai l'impression de comprendre. Arr(...) ARRÊTE DE TOURNER AUTOUR DU POT PUTAIN !!!"
Ah ! Bah voilà !!! Ca fait bien soixante-douze minutes que ça dure maintenant. Nous y voilà ! Leila tournait autour du pot ! Aaaarrrrgggg, je le savais bien ! Elle a rencontré autre chose. Pas forcément un autre homme, mais autre chose. Un contexte dans lequel le mec lui semble un poids difficilement justifiable. C'est moche. C'est moche les filles...
Sanglots légers, étouffés. Dans une plainte déchirante : "Noooon... tu crois ? C'est vrai(...) vraiment ? J'sais pas quoi te dire. J'vais raccrocher écoute, c'est bon pour ce soir. (...) C'est bon, t'en fais pas j'ai compris mais putain t'es(...) ouais mais non ! C'est trop con ! Leila, steuplaît ! Il s'est passé quoi là ?! (...)"
Opà... J'ai fini mon taf depuis vingt minutes. J'ai traîné sur Facebook, lavé les mugs sales de tout le bureau, j'ai relevé mes comptes, fais mon post-it pour demain matin... Faut que je sorte maintenant le mec. Je suis super désolée. J'aimerai bien te dire que les filles sont des connasses. Je crois que je le pense en plus, moi y compris ! Mais en même temps, tu pleures le dos collé à la vitrine de mon bureau. J'ai cru comprendre au son des pneus sur l'asphalte qu'il s'est remis à pleuvoir. Je peux pas en plus sortir du seul tuteur de ta soirée, ma vitrine, te décochant un sourire respectueux et un fade bonsoir. Tu vas pas percuter mais dans deux jours ça va te revenir : sûr ! "Et en plus, ya une meuf qu'à tout entendu !"... Bin ouais le mec, mais il faut que je sorte du siège physique et émotionnel dans lequel tu me cloisonnes !
Les silences habités de l'autre côté de l'Atlantique sont encore présents, je le sens. Tans pis. J'ouvre le rideau, je déverrouille la serrure, j'ouvre la porte vitrée, replace le rideau noir, verrouille la vitrine et mes yeux tombent sur toi. (...)
Ca fait bien vingt-cinq minutes que ça dure... Ya un mec qui s'est installé contre la vitrine de mon bureau en rez-de-chaussée. En cette 'saison de cars scolaires blindés de jeunes allemands', passée une certaine heure, et de façon générale, passée une certaine heure quand je reste au bureau pour une raison ou une autre, je tire le rideau noir de la vitrine. Je n'en reste pas moins vulnérable. Mais au moins, seuls les sons percent, les images restent au large.
Je trace ma route sur le travail de graphisme qui m'occupe. Curieuse et de toute façon accaparée par cette engueulade téléphonique, je suis les aventures de Leila et le mec. Visiblement l'Atlantique les sépare pour un temps et elle lui fait une crise de jalousie à distance.
Je sais pas pourquoi, j'ai l'impression d'entendre Leila. Et je sais pas pourquoi - si je sais, je n'ai aucune foi envers les histoires à distance - j'ai l'impression qu'elle ne vit pas une crise d'absence ou de jalousie mais qu'elle cherche plutôt à solder toutes les saloperies de couple qu'elle peut prétexter en attendant le biseau.
"Mais putain (...) Mais non (...) mais arrête putain ! Plus doucement steuplaît Leila. Leila. LEILA. É Écoute-moi. Écou (...) Non. Écoute-moi : je t'aime. D'accord ? C'est toi que j'aime et personne d'autre. M'en fout des autres. Tu vois. C'est pas simple en ce moment, j'comprends que tu pètes un plomb. Tu me manque aussi. (...)"
Que je suis mauvaise langue ! C'est chouette : il est là pour elle malgré les kilomètres et il semblerait que ça se confirme, c'est moi qui suis une handicapée de l'amour. Allez mec ! Vas-y ! Calme là !!! J'ai envie d'aller à la vitrine et de tirer le rideau noir. Juste pour voir s'il ressemble à l'image que je m'en fais. Un grand mec, les cheveux ras 'sabot de trois', baraqué, menton carré, look pas très soigné voire ringard. Mais non ! Je bosse ! Allez zou. On avance et on profite de cette séance de voyeurisme même pas provoquée.
"Ah ouais ! Mais tu penses ça de moi !?? (...) hummmmm mais attends attends attends : tu penses vraiment ce que tu dis là ?! (...) (...) Nan bin je sais pas... OK ! J'te rappelle qu'il y a pas une heure tu me disais devenir folle sans moi. J'comprends pas bien enfin SI, j'ai l'impression de comprendre. Arr(...) ARRÊTE DE TOURNER AUTOUR DU POT PUTAIN !!!"
Ah ! Bah voilà !!! Ca fait bien soixante-douze minutes que ça dure maintenant. Nous y voilà ! Leila tournait autour du pot ! Aaaarrrrgggg, je le savais bien ! Elle a rencontré autre chose. Pas forcément un autre homme, mais autre chose. Un contexte dans lequel le mec lui semble un poids difficilement justifiable. C'est moche. C'est moche les filles...
Sanglots légers, étouffés. Dans une plainte déchirante : "Noooon... tu crois ? C'est vrai(...) vraiment ? J'sais pas quoi te dire. J'vais raccrocher écoute, c'est bon pour ce soir. (...) C'est bon, t'en fais pas j'ai compris mais putain t'es(...) ouais mais non ! C'est trop con ! Leila, steuplaît ! Il s'est passé quoi là ?! (...)"
Opà... J'ai fini mon taf depuis vingt minutes. J'ai traîné sur Facebook, lavé les mugs sales de tout le bureau, j'ai relevé mes comptes, fais mon post-it pour demain matin... Faut que je sorte maintenant le mec. Je suis super désolée. J'aimerai bien te dire que les filles sont des connasses. Je crois que je le pense en plus, moi y compris ! Mais en même temps, tu pleures le dos collé à la vitrine de mon bureau. J'ai cru comprendre au son des pneus sur l'asphalte qu'il s'est remis à pleuvoir. Je peux pas en plus sortir du seul tuteur de ta soirée, ma vitrine, te décochant un sourire respectueux et un fade bonsoir. Tu vas pas percuter mais dans deux jours ça va te revenir : sûr ! "Et en plus, ya une meuf qu'à tout entendu !"... Bin ouais le mec, mais il faut que je sorte du siège physique et émotionnel dans lequel tu me cloisonnes !
Les silences habités de l'autre côté de l'Atlantique sont encore présents, je le sens. Tans pis. J'ouvre le rideau, je déverrouille la serrure, j'ouvre la porte vitrée, replace le rideau noir, verrouille la vitrine et mes yeux tombent sur toi. (...)
samedi 1 mai 2010
Pas de muguet, pas de travail mais à la fête !
Rame de métro ordinaire, je reste debout dans le carré des strapontins. Il y a deux mecs assis à droite, qui tiennent droit dressé tel un sceptre un brin de muguet sous un film cello. Un gros joufflu avec une besace de créatif. Ce genre de sac qui reproduit un disque vinyle de la Motown ou une affiche de propagande stalinienne plus ou moins bien détournée. Et il y a le gendre parfait ! Chemise d'été bleu ciel sur un jean repassé, avec le pull bleu marine noué sur la poitrine. Leurs brins de muguet, ils n'ont pourtant pas de quoi en être fiers... sont tout rabougris. Déjà fanés. Quand je pense qu'ils ont dû acheter ça 4,50€ minimum !
Et puis monte dans la rame une maman. Une vieille maman, avec encore suffisamment de fraîcheur dans le regard pour ne pas s'appeler mamie. Elle porte un fichu étrange sur ses cheveux, une résille violette et pailletée. Elle s'assoit à gauche, sur un des strapontins vides, en face des deux mecs donc. Et puis, dans un vif hoquet, elle se baisse pour fouiller dans le sac ED qui est à ses pieds pour en sortir un petit bouquet, fané lui aussi. En se redressant elle joue d'une fesse à l'autre pour asseoir sa posture, pas peu fière, elle aussi, de tenir droit dressé tel un sceptre, un bouquet de fleurs blanches.
Oui parce que ça ressemble plus à des fleurs de fraisiers ce qu'elle a sorti maman. Je ne trouve pas le nom de cette plante mais en tout cas, ce n'est pas du muguet. Les trois brins sont très feuillus avec perdues au milieu, de grosses fleurs de fraisiers. Elle est top ! Arborant un grand sourire qui semble dire : "hé ?! T'as vu un peu ?! J'ai capté que c'est le jour des bouquets de fleurs blanches dans la rue, hein ! Et j'y ai pensé aussi... parce que j'aime bien cette tradition, là."
Et puis les deux mecs descendent pour prendre une correspondance et maman reste ici. Je fais d'autres trucs. Des trucs passionnants comme dodeliner de la tête sur la musique qui braille dans mes oreilles ou jouer avec un mouton de poussière du bout du pied. C'est alors que se produit l'inimaginable : je crois pas avoir tort en faisant parler son regard... Maman a maintenant le dos tout voûté sur son siège. Plus personne n'a de muguet à la main dans la rame. Alors elle se baisse et replace son bouquet fané dans son sac. Et oui.
Après cette tendre observation de l'être humain avec un grand sceptre, je me demande quelle polémique merdique d'impérialisme culturel va sortir dans la presse lundi matin ? Et si la presse et le pouvoir en place se rendent bien compte à quel point faut pas chercher bien loin pour traduire nos comportements en société. Après je me dis aussi que j'ai bonne figure à rire sous cape comme ça : je sais ce que c'est que la fête du travail et pourquoi ce symbole du brin de muguet moi peut-être ? Bin non ! J'associe vaguement ça au Front Populaire... Et pas du tout !
Et puis monte dans la rame une maman. Une vieille maman, avec encore suffisamment de fraîcheur dans le regard pour ne pas s'appeler mamie. Elle porte un fichu étrange sur ses cheveux, une résille violette et pailletée. Elle s'assoit à gauche, sur un des strapontins vides, en face des deux mecs donc. Et puis, dans un vif hoquet, elle se baisse pour fouiller dans le sac ED qui est à ses pieds pour en sortir un petit bouquet, fané lui aussi. En se redressant elle joue d'une fesse à l'autre pour asseoir sa posture, pas peu fière, elle aussi, de tenir droit dressé tel un sceptre, un bouquet de fleurs blanches.
Oui parce que ça ressemble plus à des fleurs de fraisiers ce qu'elle a sorti maman. Je ne trouve pas le nom de cette plante mais en tout cas, ce n'est pas du muguet. Les trois brins sont très feuillus avec perdues au milieu, de grosses fleurs de fraisiers. Elle est top ! Arborant un grand sourire qui semble dire : "hé ?! T'as vu un peu ?! J'ai capté que c'est le jour des bouquets de fleurs blanches dans la rue, hein ! Et j'y ai pensé aussi... parce que j'aime bien cette tradition, là."
Et puis les deux mecs descendent pour prendre une correspondance et maman reste ici. Je fais d'autres trucs. Des trucs passionnants comme dodeliner de la tête sur la musique qui braille dans mes oreilles ou jouer avec un mouton de poussière du bout du pied. C'est alors que se produit l'inimaginable : je crois pas avoir tort en faisant parler son regard... Maman a maintenant le dos tout voûté sur son siège. Plus personne n'a de muguet à la main dans la rame. Alors elle se baisse et replace son bouquet fané dans son sac. Et oui.
Après cette tendre observation de l'être humain avec un grand sceptre, je me demande quelle polémique merdique d'impérialisme culturel va sortir dans la presse lundi matin ? Et si la presse et le pouvoir en place se rendent bien compte à quel point faut pas chercher bien loin pour traduire nos comportements en société. Après je me dis aussi que j'ai bonne figure à rire sous cape comme ça : je sais ce que c'est que la fête du travail et pourquoi ce symbole du brin de muguet moi peut-être ? Bin non ! J'associe vaguement ça au Front Populaire... Et pas du tout !
mardi 27 avril 2010
Prière de pierre coupable
C'est exactement le même soleil. Il se reflète sur les champs de colza fraîchement éclos. Le vert gras des pousses de blé tranche cette luminosité. Et les lilas offrent des grappes mauves, pourpres et blanches de boutons encore bien serrés.
C'est toujours les mêmes petites routes qui serpentent. Avec, aux endroits repérés depuis l'enfance et jamais réparés, les nids de poule et les accotements défoncés. On y passe à vélo, avec l'air frais du printemps qui fouette les joues mais qui semble si doux, sorti de l'hiver.
C'est exactement le même décor. Il n'y a que la destination qui varie. Maintenant je peux te rendre en visite à vélo. J'emprunte l'impasse qui monte, je pousse la porte en fer forgé et puis tu es là, dans la lumière, baignée de la onzième heure au coucher du soleil.
Il faudrait que l'on trouve le moyen de faire graver ton nom dans la pierre. C'est tout ce qui me vient à l'esprit. Parfois je fais comme quand j'étais petite et que je n'entendais rien à la foi, je ferme les yeux et je me concentre fort sur ton souvenir. Je tiens en général une grosse minute et puis l'air du printemps ou l'odeur du colza écharpent cette prière de pierre. C'est ça quand on est petit, on comprend pas bien ce qu'on nous demande pour honorer les défunts, on prie avec ses pieds, on ferme les yeux très fort et on sert ses poings et puis on essaye de compiler tout les souvenirs ou toutes les images miséricordieuses que l'on peut trouver dans notre caboche jusqu'à ce que la grosse dame pieuse du troisième rang relève la tête. Et bien des fois, je reproduis cette prière de pierre parce que c'est toujours moins culpabilisant que de penser aux lilas ou à la douceur du vent devant ta pierre.
C'est exactement comme il y a un an. Sauf que la douleur est moins forte et que l'apaisement pèse de tout son poids coupable. Il faudrait que l'on trouve le moyen de faire graver ton nom dans la pierre. C'est tout ce qui me vient à l'esprit. Et ma foi, c'est sûrement qu'au printemps je n'ai pas besoin de prières de pierre pour que le vent me ramène à toi.
C'est toujours les mêmes petites routes qui serpentent. Avec, aux endroits repérés depuis l'enfance et jamais réparés, les nids de poule et les accotements défoncés. On y passe à vélo, avec l'air frais du printemps qui fouette les joues mais qui semble si doux, sorti de l'hiver.
C'est exactement le même décor. Il n'y a que la destination qui varie. Maintenant je peux te rendre en visite à vélo. J'emprunte l'impasse qui monte, je pousse la porte en fer forgé et puis tu es là, dans la lumière, baignée de la onzième heure au coucher du soleil.
Il faudrait que l'on trouve le moyen de faire graver ton nom dans la pierre. C'est tout ce qui me vient à l'esprit. Parfois je fais comme quand j'étais petite et que je n'entendais rien à la foi, je ferme les yeux et je me concentre fort sur ton souvenir. Je tiens en général une grosse minute et puis l'air du printemps ou l'odeur du colza écharpent cette prière de pierre. C'est ça quand on est petit, on comprend pas bien ce qu'on nous demande pour honorer les défunts, on prie avec ses pieds, on ferme les yeux très fort et on sert ses poings et puis on essaye de compiler tout les souvenirs ou toutes les images miséricordieuses que l'on peut trouver dans notre caboche jusqu'à ce que la grosse dame pieuse du troisième rang relève la tête. Et bien des fois, je reproduis cette prière de pierre parce que c'est toujours moins culpabilisant que de penser aux lilas ou à la douceur du vent devant ta pierre.
C'est exactement comme il y a un an. Sauf que la douleur est moins forte et que l'apaisement pèse de tout son poids coupable. Il faudrait que l'on trouve le moyen de faire graver ton nom dans la pierre. C'est tout ce qui me vient à l'esprit. Et ma foi, c'est sûrement qu'au printemps je n'ai pas besoin de prières de pierre pour que le vent me ramène à toi.
lundi 22 mars 2010
Jean-Claude et les trolls
Tiens. Jean-Claude est là. Encore. Il dort recroquevillé sur le premier banc à gauche du quai de la station Place de Clichy. Voilà deux fois que j'ai envie de lui adresser la parole. Un clochard sans âge. Une baraque avec une gueule étrange posée sur un large menton. Il doit avoir un pied-beau. Il a toujours des bandages autour des pieds. Il est assez classe Jean-Claude. Je l'appelle Jean-Claude en référence à un sans domicile fixe sympa aux reflets de clown triste, qui traînait à Provins pendant mes années lycée. Mais lui, je ne sais pas comment il s'appelle. Voilà bien quatre ans que je le croise et le reconnais, sans jamais lui avoir parlé. Comme la jeunette, blonde, avec un chien. Elle je l'appelle Mathilde. Je lui ai déjà parlé mais de banalités. Je ne sais pas plus son nom. Tout juste qu'elle fait parfois la manche à la station Place de Clichy et qu'elle a un joli sourire. Il est assez classe Jean-Claude hors mis les charentaises maintenues avec de la gaze, il a un look seventies des plus authentiques.
Le décor du soir est planté. On attend tous un improbable métro. Car sur la ligne 13 résonnent sans cesse ces messages de détresse annonçant un accident de personne, problème technique, une absence de rails, ralentissant le trafic en direction de. Alors on attend, fébriles, que les Dieux entendent nos prières. Dans cette torpeur, je rêvasse et laisse flotter mon regard sur le quai d'en face.
Les trognes ! Rhooo les lascars toi ! Une Carmen Crue, non ! Plus subtile, une Dominique Lavanant de 2032, en pardessus râpé, flanqué d'un hidalgo croisé sharpey à sa droite et d'un Père Noël à la diète portant le bonnet du commandant Cousteau pour tenter de tromper les odeurs de marée qui le suivent et d'un jeune mec joufflu, en survêt, sifflotant à tout va avec une bière à la main. Joli tableau de famille... La brochette m'apparaît comme un tableau vivant, une pièce de théâtre, du mime ! Et j'en ai rit ! Ils m'ont fait rire avec leurs improbables trognes de trolls. Ils sont ensembles, la plupart des voyageurs les connaissent et leurs élans de voix rocailleuses, gouailleuses ne peuvent que pousser à rire !
Plus tard, dans la rame de métro. Au démarrage. Une fille brune avec des bottes d'équitation sur un jean noir et un chapeau en feutre pourpre avec une broche années 30 en strass, a eu un hoquet de stupeur derrière mon épaule. Je l'ai ensuite entendu souffler à l'oreille d'un homme plus âgé, sans doute son père, qu'elle avait vu un homme avec des bandages aux pieds. Mais que pouvait-il avoir le pauvre homme ? Et le père d'un mouvement d'épaules de constater que c'était en effet bien triste de voir ça de nos jours.
Et dans un hoquet ferroviaire, la journée s'achevait dans les transports en commun.
Le décor du soir est planté. On attend tous un improbable métro. Car sur la ligne 13 résonnent sans cesse ces messages de détresse annonçant un accident de personne, problème technique, une absence de rails, ralentissant le trafic en direction de. Alors on attend, fébriles, que les Dieux entendent nos prières. Dans cette torpeur, je rêvasse et laisse flotter mon regard sur le quai d'en face.
Les trognes ! Rhooo les lascars toi ! Une Carmen Crue, non ! Plus subtile, une Dominique Lavanant de 2032, en pardessus râpé, flanqué d'un hidalgo croisé sharpey à sa droite et d'un Père Noël à la diète portant le bonnet du commandant Cousteau pour tenter de tromper les odeurs de marée qui le suivent et d'un jeune mec joufflu, en survêt, sifflotant à tout va avec une bière à la main. Joli tableau de famille... La brochette m'apparaît comme un tableau vivant, une pièce de théâtre, du mime ! Et j'en ai rit ! Ils m'ont fait rire avec leurs improbables trognes de trolls. Ils sont ensembles, la plupart des voyageurs les connaissent et leurs élans de voix rocailleuses, gouailleuses ne peuvent que pousser à rire !
Plus tard, dans la rame de métro. Au démarrage. Une fille brune avec des bottes d'équitation sur un jean noir et un chapeau en feutre pourpre avec une broche années 30 en strass, a eu un hoquet de stupeur derrière mon épaule. Je l'ai ensuite entendu souffler à l'oreille d'un homme plus âgé, sans doute son père, qu'elle avait vu un homme avec des bandages aux pieds. Mais que pouvait-il avoir le pauvre homme ? Et le père d'un mouvement d'épaules de constater que c'était en effet bien triste de voir ça de nos jours.
Et dans un hoquet ferroviaire, la journée s'achevait dans les transports en commun.
mardi 2 mars 2010
L'usine qui fabrique des nuages
Voilà trois ans que de ma fenêtre, la poésie urbaine d'une banlieue rouge m'offre une usine d'incinération de déchets en guise de vue de Paris. Au loin, le quartier des Olympiades, des tours constellées d'appartements allumés et au centre, la voie de chemin de fer, un vulgaire RER. Mais très agréable. Si l'on se concentre bien sur les sons, mieux portés la nuit, on peut croire à une horloge au tic tac qui déraille en cris de joie, en engueulades de bistrot, au son des freins du train et parfois aussi à son klaxonne enroué, aux 'shpliiiiiishhhh' des bus qui freinent dans une flaque d'eau devant le feu rouge tout ça rythme chaque quart d'heure différemment. Et l'usine crache des nuages et des nuages de fumée. Deux longues et fines cheminées éclairées de rouge et de orange, perçant une masse translucide, grise et verte, qu'est l'usine elle-même. Parfois la journée, voire des jours entiers, il n'y a qu'une cheminée qui fume. Et quand le vent est orienté au nord, il pousse si fort la colonne de nuages qu'ils partent à l'horizontal, comme un pulvérisateur de pesticide envoi un jet de postillons précis et propulsé à la mauvaise herbe. Un jour de cette fenêtre, je me suis penchée à en avoir le vertige pour retrouver de l'air. Pour me jeter dans un grand bol d'air vers 7h du matin. Mais l'air était vicié. Par les bus, la pluie grasse et cette putain d'usine. Alors j'ai continué d'étouffer souvent. Fenêtre ouverte ou non. Et aujourd'hui il faut quitter les lieux. Cette bonne vieille fenêtre pourrie qui laisse passer les sons mais aussi le vent et l'humidité, bye bye. La poésie nocive de l'usine, les freins et les klaxonnes du train, le trottoir devant le bistrot portugais, les prêcheur du vendredi, au revoir. La personnification des lieux aussi. De jolies musiques existent partout.
vendredi 11 décembre 2009
Recherche-action par sms
"Rions ensemble !
Quand un mec dit "en général, une fois n'est pas coutume. C pas contre toi mais c com ça"... Faut retenir quoi à ton avis dhom ? "en général", "c pas contre toi" ou "com ça" ? Merci pour ta contribution :-)
.la sociologue du vide."
Réponse de D :
- pas de réponse -
Réponse de Bo :
"Il ne faut rien retenir et dire : 'suivant'!
Réponse de J :
"Hello toi, bah je vois que t'es encore tombée sur un mec pas compliqué..."
Réponse de B :
"Heu ben faut retenir que le mec dit des trucs qui veulent tout dire donc rien dire et que donc toute utilisation dudit homme qui l'amènerait à parler avec des mots serait totalement inutile. Des questions ? lol des bizes"
Quand un mec dit "en général, une fois n'est pas coutume. C pas contre toi mais c com ça"... Faut retenir quoi à ton avis dhom ? "en général", "c pas contre toi" ou "com ça" ? Merci pour ta contribution :-)
.la sociologue du vide."
Réponse de D :
- pas de réponse -
Réponse de Bo :
"Il ne faut rien retenir et dire : 'suivant'!
Réponse de J :
"Hello toi, bah je vois que t'es encore tombée sur un mec pas compliqué..."
Réponse de B :
"Heu ben faut retenir que le mec dit des trucs qui veulent tout dire donc rien dire et que donc toute utilisation dudit homme qui l'amènerait à parler avec des mots serait totalement inutile. Des questions ? lol des bizes"
jeudi 28 mai 2009
Les soirs noirs il prend de la marron
Tonton prend de la marron. Tonton est conducteur de camions citernes. Il fait des trajets courts aujourd'hui même si autrefois il parcourrait l'Europe. Ses citernes contiennent du carburant ou des engrais aujourd'hui même si autrefois, elles étaient chargées de produits chimiques tous plus dangereux les uns que les autres.
J'adore quand il raconte ces moments héroïques où il faut négocier un rond-point exigüe alors que le liquide balloté dans la cuve manque de faire se retourner le camion et comment il arrive toujours à redresser la machine. Et surtout à livrer son chargement à l'heure à l'autre bout d'une route longue et sans sommeil.
Il raconte encore ces histoires même s'il part le matin plus tôt pour rentrer au bercail dès 18h30. Ses citernes contiennent du carburant ou des engrais aujourd'hui même si autrefois, elles étaient chargées de produits chimiques tous plus dangereux les uns que les autres.
Tonton n'est pas beaucoup plus vieux que moi et ses frères l'ont depuis longtemps mis à part de la famille. C'est le bâtard, né d'un second lit. Il n'a jamais eu le droit de prétendre à récupérer les activités de la ferme, même s'il y passe tous ses étés depuis l'enfance, quand les récoltes demandent à faire vrombir les moissonneuses-batteuses sur tant d'hectares.
Tonton n'est pas beaucoup plus vieux que moi et nous avons des amis en commun. Des amis qui ne sont pas agriculteurs. Ces amis je les ai quitté quand j'ai quitté la campagne pour poursuivre mes études. Mais tonton, il a continué de les fréquenter. Il ne les aime plus, mais qui croiser d'autre dans ces contrées sinistres ?!
Les soirs noirs, il prend de la marron. Et tous les soirs sont noirs. Il ne jette pas la faute sur l'environnement, il assume sans chercher d'alibi. Autrefois il pimentait ses histoires de camionneur en précisant que l'exploit mécanique était d'autant plus glorieux qu'il était alors défoncé à la cocaïne. Il avait une version pour les repas de famille et une version pour les soirs enfumés, avec les amis, dans le cabanon aux fauteuils percés.
Aujourd'hui il n'a qu'une unique version de ses exploits d'antan. Il efface ses états psychédéliques. L'âge d'or de ses prouesses métaphysiques ne lui inspire plus l'honneur. Il est honteux et résigné. Il se bat en silence en fumant sa marron.
Il se bat en silence et il gagne en profondeur, en épaisseur. Dans ses mots du-moins, parce que son corps, ses joues et ses doigts sont minces et gris aujourd'hui.
Tonton, histoire de ne pas l'encombrer et histoire d'oublier les horribles nuits de sevrage où j'ai pu l'accompagner, je le compare à un Baudelaire moderne. Avec ses oeuvres à lui. Avec son aura et son charisme bourru, à lui. Je le compare à un héroïnomane adulé. Je me dis que ça a existé... Kerouac, Cocteau, Jarry... Tonton...
J'adore quand il raconte ces moments héroïques où il faut négocier un rond-point exigüe alors que le liquide balloté dans la cuve manque de faire se retourner le camion et comment il arrive toujours à redresser la machine. Et surtout à livrer son chargement à l'heure à l'autre bout d'une route longue et sans sommeil.
Il raconte encore ces histoires même s'il part le matin plus tôt pour rentrer au bercail dès 18h30. Ses citernes contiennent du carburant ou des engrais aujourd'hui même si autrefois, elles étaient chargées de produits chimiques tous plus dangereux les uns que les autres.
Tonton n'est pas beaucoup plus vieux que moi et ses frères l'ont depuis longtemps mis à part de la famille. C'est le bâtard, né d'un second lit. Il n'a jamais eu le droit de prétendre à récupérer les activités de la ferme, même s'il y passe tous ses étés depuis l'enfance, quand les récoltes demandent à faire vrombir les moissonneuses-batteuses sur tant d'hectares.
Tonton n'est pas beaucoup plus vieux que moi et nous avons des amis en commun. Des amis qui ne sont pas agriculteurs. Ces amis je les ai quitté quand j'ai quitté la campagne pour poursuivre mes études. Mais tonton, il a continué de les fréquenter. Il ne les aime plus, mais qui croiser d'autre dans ces contrées sinistres ?!
Les soirs noirs, il prend de la marron. Et tous les soirs sont noirs. Il ne jette pas la faute sur l'environnement, il assume sans chercher d'alibi. Autrefois il pimentait ses histoires de camionneur en précisant que l'exploit mécanique était d'autant plus glorieux qu'il était alors défoncé à la cocaïne. Il avait une version pour les repas de famille et une version pour les soirs enfumés, avec les amis, dans le cabanon aux fauteuils percés.
Aujourd'hui il n'a qu'une unique version de ses exploits d'antan. Il efface ses états psychédéliques. L'âge d'or de ses prouesses métaphysiques ne lui inspire plus l'honneur. Il est honteux et résigné. Il se bat en silence en fumant sa marron.
Il se bat en silence et il gagne en profondeur, en épaisseur. Dans ses mots du-moins, parce que son corps, ses joues et ses doigts sont minces et gris aujourd'hui.
Tonton, histoire de ne pas l'encombrer et histoire d'oublier les horribles nuits de sevrage où j'ai pu l'accompagner, je le compare à un Baudelaire moderne. Avec ses oeuvres à lui. Avec son aura et son charisme bourru, à lui. Je le compare à un héroïnomane adulé. Je me dis que ça a existé... Kerouac, Cocteau, Jarry... Tonton...
mercredi 13 mai 2009
En mode femme-enfant
Je ne demande rien de particulier au prince charmant. Ni même de se dépêcher...
Mais à l'heure où la famille se résume à des souvenirs d'enfance, j'ai comme l'envie d'être traitée en petite fille. Et que l'on recréé les jolies heures où, les ongles noircis, je confectionnais des potions magiques dans les bois de Mons en Montois, de baies et boues diverses....
Il pourrait m'inviter à danser. Sur "Feed the birds". Dans une prairie verte et humide, sous un ciel étoilé.
Il pourrait me parler de ses dernières conclusions scientifiques sur le monstre du Loch Ness. Dont ses meilleurs clichés, de qualité moyenne, sont punaisés au-dessus de son semainier en merisier.
Il pourrait m'apprendre la langue des petits êtres qui vivent dans le creux de la racine gauche du vieux chêne centenaire qui ombrage le lavoir du bout de la rue.
Il pourrait demander à une compagnie de raton laveurs de donner un joli spectacle de gigue irlandaise sur les toits de Vienne en l'honneur d'un non-événement quelconque de notre histoire.
Il pourrait m'emmener faire une promenade en barque sur le lac de la forêt de Brocéliande. Ce qui serait merveilleux, c'est qu'il connaisse l'entrée du royaume d'Avalon.
Il pourrait avoir 3 lapins, 1 chèvre naine, 2 chats un chasseur et espiègle, de gouttière et un bavard et câlin, angora et puis aussi un corbeau apprivoisé qui parlerait mieux qu'un Gris du Gabon.
Il pourrait nous construire un lit dans le bois du vieux saule pleureur de la butte tombé l'an passé.
Il pourrait être un savant mélange de joie, d'imaginaire, d'insouciance et de sensibilité que sont les enfants...
Mais à l'heure où la famille se résume à des souvenirs d'enfance, j'ai comme l'envie d'être traitée en petite fille. Et que l'on recréé les jolies heures où, les ongles noircis, je confectionnais des potions magiques dans les bois de Mons en Montois, de baies et boues diverses....
Il pourrait m'inviter à danser. Sur "Feed the birds". Dans une prairie verte et humide, sous un ciel étoilé.
Il pourrait me parler de ses dernières conclusions scientifiques sur le monstre du Loch Ness. Dont ses meilleurs clichés, de qualité moyenne, sont punaisés au-dessus de son semainier en merisier.
Il pourrait m'apprendre la langue des petits êtres qui vivent dans le creux de la racine gauche du vieux chêne centenaire qui ombrage le lavoir du bout de la rue.
Il pourrait demander à une compagnie de raton laveurs de donner un joli spectacle de gigue irlandaise sur les toits de Vienne en l'honneur d'un non-événement quelconque de notre histoire.
Il pourrait m'emmener faire une promenade en barque sur le lac de la forêt de Brocéliande. Ce qui serait merveilleux, c'est qu'il connaisse l'entrée du royaume d'Avalon.
Il pourrait avoir 3 lapins, 1 chèvre naine, 2 chats un chasseur et espiègle, de gouttière et un bavard et câlin, angora et puis aussi un corbeau apprivoisé qui parlerait mieux qu'un Gris du Gabon.
Il pourrait nous construire un lit dans le bois du vieux saule pleureur de la butte tombé l'an passé.
Il pourrait être un savant mélange de joie, d'imaginaire, d'insouciance et de sensibilité que sont les enfants...
mercredi 29 avril 2009
Tu la veux ta claque !?
Mes genoux touchent les siens. La dame est un peu large. Dans son tailleur de tweed pourpre, elle supporte cet embonpoint de la ménopause dont souffrent la plupart des femmes qui n'ont pas su quitter la mode des tailleurs de tweed pourpre. En par-dessus, elle porte un gilet en molleton rose ancien, certainement de la gamme Décathlon-Femme(r). Elle est un peu engoncée en somme.
Ce qui l'oppresse c'est davantage le tout petit homme qui est assis à sa gauche. Un petit mec tout sec. La cinquantaine rabougrie. Tout perdu dans une trop grande veste en cuir ringarde. Il-ne-cesse-de-parler... Il jacte et il jacte et il caquette... Il n'arrête pas !
Je suis assise dans le RER B, en direction du grand nord francilien, en face de ce couple que je m'amuse à nommer M. et Mme De Jesus. Dehors, nous laissons la cité des Bleuets à son immobilisme et avançons assis en supportant un filet d'air glacial très précisément orienté vers nos nuques.
Le petit M. De Jesus n'en fini pas de s'agacer. Pour réveiller son auditoire, sa brave dame, il ponctue désormais sa diarrhée verbale de coups de coude aussi secs que ses joues. Une mécanique rigolote se met en place : Monsieur renifle et plisse son petit nez crochu tout en portant à son pif le dos mesquin de sa main. Tandis que sa bouche, source intarissable de paroles, fait vriller sa vile moustache brune. Dans un haussement de ton, son coude s'élance vers le ventre de Madame. Dès que celle-ci réceptionne le coup, ses sourcils se haussent et ses yeux montent au ciel. Il faut encore deux ou trois paroles de la part de Monsieur pour finir la chaîne dans le soupir de Madame.
Et c'est ainsi depuis de trop longues minutes, cette danse sordide tourne devant mon attention qui fait mine de rien. Jusqu'à ce que je sente comme un appel.
Je comprends que Madame a comprit que mon attention n'est pas dupe. Nous croisons nos regards. Je fais mine de rien. Mais je comprends en l'espace d'une seconde. Ses yeux, gonflés de fatigue et d'orgueil ravalé, m'ont donné les clefs de cette chorégraphie immonde.
C'est qu'en fait, ces haussement de sourcils et ces soupirs sortis d'une poitrine largement remplie, sont les trop rares expressions de contestation que possède Madame face aux incultes assauts de Monsieur.
C'est qu'en fait, si elle se permettait cela autour de la table au dîner, la baffe voir le croche-pied, depuis longtemps auraient volés.
C'est qu'en fait, en profitant de l'espace public et de la médiocrité de Monsieur, elle cherche le soutien d'une soeur qui semble encore libre. Ou peut-être ne cherche-t-elle plus rien depuis longtemps mais profite d'un semblant d'attention pour offrir son savoir et lancer avec espoir une leçon de vie à une petite.
Elle pourrait l'écrabouiller ! Ce tout petit homme a changé par ses lettres, tout l'être d'une brave dame en grave dame. De son tout petit corps asséché par la cruauté, il a réduit cette voluptueuse femme à l'état d'une panse de brebis gonflée et soupirant ses bourdons.
Et le drame. Et le drame. C'est que toute lucide et compatissante que je sois, je ne peux que napper mes bonnes intentions de cynisme. "Mais ma bonne grave dame, avec beaucoup de courage, je l'admets, tu serais partie de ce carcan depuis longtemps !? Ne cherche plus mon regard, il ne te dirait rien de bon. Tout juste un peu plus de désespoir pour nourrir ton bourdon."
A ces pensées j'ai quand-même pris plaisir à lancer des regards noirs au tout petit monsieur rachitique et j'ai bien pris garde d'écraser lourdement le gros orteil de son pied gauche, que j'espère souffrant d'un cor aussi sec et dur que son âme - au regard de ses jolies chaussures ringardes - avant de quitter mon siège de transports en commun pour reprendre mon train-train de jeune dame libre simplement oppressée par le poids d'un sac à main.
Ce qui l'oppresse c'est davantage le tout petit homme qui est assis à sa gauche. Un petit mec tout sec. La cinquantaine rabougrie. Tout perdu dans une trop grande veste en cuir ringarde. Il-ne-cesse-de-parler... Il jacte et il jacte et il caquette... Il n'arrête pas !
Je suis assise dans le RER B, en direction du grand nord francilien, en face de ce couple que je m'amuse à nommer M. et Mme De Jesus. Dehors, nous laissons la cité des Bleuets à son immobilisme et avançons assis en supportant un filet d'air glacial très précisément orienté vers nos nuques.
Le petit M. De Jesus n'en fini pas de s'agacer. Pour réveiller son auditoire, sa brave dame, il ponctue désormais sa diarrhée verbale de coups de coude aussi secs que ses joues. Une mécanique rigolote se met en place : Monsieur renifle et plisse son petit nez crochu tout en portant à son pif le dos mesquin de sa main. Tandis que sa bouche, source intarissable de paroles, fait vriller sa vile moustache brune. Dans un haussement de ton, son coude s'élance vers le ventre de Madame. Dès que celle-ci réceptionne le coup, ses sourcils se haussent et ses yeux montent au ciel. Il faut encore deux ou trois paroles de la part de Monsieur pour finir la chaîne dans le soupir de Madame.
Et c'est ainsi depuis de trop longues minutes, cette danse sordide tourne devant mon attention qui fait mine de rien. Jusqu'à ce que je sente comme un appel.
Je comprends que Madame a comprit que mon attention n'est pas dupe. Nous croisons nos regards. Je fais mine de rien. Mais je comprends en l'espace d'une seconde. Ses yeux, gonflés de fatigue et d'orgueil ravalé, m'ont donné les clefs de cette chorégraphie immonde.
C'est qu'en fait, ces haussement de sourcils et ces soupirs sortis d'une poitrine largement remplie, sont les trop rares expressions de contestation que possède Madame face aux incultes assauts de Monsieur.
C'est qu'en fait, si elle se permettait cela autour de la table au dîner, la baffe voir le croche-pied, depuis longtemps auraient volés.
C'est qu'en fait, en profitant de l'espace public et de la médiocrité de Monsieur, elle cherche le soutien d'une soeur qui semble encore libre. Ou peut-être ne cherche-t-elle plus rien depuis longtemps mais profite d'un semblant d'attention pour offrir son savoir et lancer avec espoir une leçon de vie à une petite.
Elle pourrait l'écrabouiller ! Ce tout petit homme a changé par ses lettres, tout l'être d'une brave dame en grave dame. De son tout petit corps asséché par la cruauté, il a réduit cette voluptueuse femme à l'état d'une panse de brebis gonflée et soupirant ses bourdons.
Et le drame. Et le drame. C'est que toute lucide et compatissante que je sois, je ne peux que napper mes bonnes intentions de cynisme. "Mais ma bonne grave dame, avec beaucoup de courage, je l'admets, tu serais partie de ce carcan depuis longtemps !? Ne cherche plus mon regard, il ne te dirait rien de bon. Tout juste un peu plus de désespoir pour nourrir ton bourdon."
A ces pensées j'ai quand-même pris plaisir à lancer des regards noirs au tout petit monsieur rachitique et j'ai bien pris garde d'écraser lourdement le gros orteil de son pied gauche, que j'espère souffrant d'un cor aussi sec et dur que son âme - au regard de ses jolies chaussures ringardes - avant de quitter mon siège de transports en commun pour reprendre mon train-train de jeune dame libre simplement oppressée par le poids d'un sac à main.
vendredi 24 avril 2009
Juste avant la fin
Ca gratte quand ça s'gâte. Qu'est ce que ça irrite et ça me pique ! Ca s'agrafe, ça s'accroche, ça s'rattache. Ca m'raccroche, à lui, ça m'rapproche, de toi.
Ca pue quand ça s'gâte. Qu'est ce que ça chlingue et ça suinte ! Ca pourrit, ça survit, ça s'oublie. Ca m'ennuie, pour toi.
Ca s'gâte et tu pues, tu t'oublies, tu t'enfuies par des fuites sans ligne. Ca s'gâte et tes doigts en crochets harponnent une bouffée d'oxygène illusoire, impalpable. Tu t'accroches. Tes cils, tes ongles et tes dents s'agrafent encore, pendant que ton ventre, ta bouche, tes formes s'effacent de ce corps. Qui pourrit.
Tout pourrit.
Notre passé, ce présent et l'avenir déjà.
Et ça gratte. Qu'est-ce que ça irrite et ça me pique !
Ca pue quand ça s'gâte. Qu'est ce que ça chlingue et ça suinte ! Ca pourrit, ça survit, ça s'oublie. Ca m'ennuie, pour toi.
Ca s'gâte et tu pues, tu t'oublies, tu t'enfuies par des fuites sans ligne. Ca s'gâte et tes doigts en crochets harponnent une bouffée d'oxygène illusoire, impalpable. Tu t'accroches. Tes cils, tes ongles et tes dents s'agrafent encore, pendant que ton ventre, ta bouche, tes formes s'effacent de ce corps. Qui pourrit.
Tout pourrit.
Notre passé, ce présent et l'avenir déjà.
Et ça gratte. Qu'est-ce que ça irrite et ça me pique !
mardi 24 mars 2009
Baba Yahya
"Youuuuuuuuuuuuuuuuuuuhhhhhhhhh
Quil y jôôuulie !
Ahhh si ui ! Si oune joulie femme ça !
Bijour ma dimoiselle, passi oune bonne journie !"
Au début j'ai cru qu'il s'adressait à un chien avec cette longue plainte toute en "youuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhhhhh". Il était bien à 10 mètres de moi. A l'autre bout de la place que je traversais, toute encombrée par 5 ou 6 sacs à provisions, revenue du marché. Mais non ! Au fur et à mesure que je m'avançais, je comprenais que cela m'était adressé. Que faire !? Un grand sourire bien sûr ! Les compliments des papis rebeux sont trop chaleureux pour être ignorés.
Et franchement, je les remercie tous très fort ! Tous les Babas de Paris qui me complimentent quand je marche dans la ville.
C'est en discutant avec une amie que j'ai pris conscience que nous n'étions pas toutes logées à la même enseigne à ce niveau là. Bêtement, je pensais que tous les papis rebeux de la ville, en bons "hatistes" qu'ils sont, regardaient passer les jeunes filles et commentaient allègrement la marchandise, débarassés des complexes que peuvent encore nourrir leurs neveux et couverts de toute façon par leur grand âge.
Parce qu'à dire vrai, il ne se passe pas un jour sans que je surprenne ce genre de phrases sur mon passage :
"Ouuuhlàlà... Li magnifique hein..."
"Tri joulie mad'moiselle... soui cilibataire moi aussi"
"Li tri jouli yeux mad'moiselle..."
Pas un jour sans que quelques mots accentués à l'huile d'olive et à la figue fraîche ne me décrochent un sourire et un regard reconnaissant. Car il faut bien l'avouer, ces messieurs sont plus rafinés et moins encombrants que leurs neveux. C'est plus simple de leur rendre cette attention particulière et puis souvent, ils sont tout simplement drôles. Or, les gens drôles dans la ville, c'est pas courant !
Et franchement, je les remercie tous très fort ! Tous les Babas de Paris qui me complimentent quand je marche dans la ville.
Mais aujourd'hui que j'ai compris que toutes les jeunes filles de la ville ne sont pas logées à la même enseigne, ça m'effraie un peu. Bin oui ! J'ai pris l'habitude moi ! Je n'y fait plus attention ! C'est un jeu humain parmi d'autres. Sauf que... si toutes les filles n'y ont pas le droit. C'est qu'un jour, je n'y aurais plus le droit!? Je serai plus grosse, plus vieille, plus ridée, ... Et alors !? Comment est-ce que j'avancerai dans la ville sans jamais avoir à rendre un sourire à Baba Yahya ? Comment je glisserai sur ce quotidien asphaltique sans cette huile d'olive lustrante et ces figues fraîches écrasées odorantes ? Comment je continuerai à croire que je peux plaire ? Même à un vieux ? Immigré de surcroît ?...
Quil y jôôuulie !
Ahhh si ui ! Si oune joulie femme ça !
Bijour ma dimoiselle, passi oune bonne journie !"
Au début j'ai cru qu'il s'adressait à un chien avec cette longue plainte toute en "youuuuuuuuuuuuuuuuuuuuuhhhhh". Il était bien à 10 mètres de moi. A l'autre bout de la place que je traversais, toute encombrée par 5 ou 6 sacs à provisions, revenue du marché. Mais non ! Au fur et à mesure que je m'avançais, je comprenais que cela m'était adressé. Que faire !? Un grand sourire bien sûr ! Les compliments des papis rebeux sont trop chaleureux pour être ignorés.
Et franchement, je les remercie tous très fort ! Tous les Babas de Paris qui me complimentent quand je marche dans la ville.
C'est en discutant avec une amie que j'ai pris conscience que nous n'étions pas toutes logées à la même enseigne à ce niveau là. Bêtement, je pensais que tous les papis rebeux de la ville, en bons "hatistes" qu'ils sont, regardaient passer les jeunes filles et commentaient allègrement la marchandise, débarassés des complexes que peuvent encore nourrir leurs neveux et couverts de toute façon par leur grand âge.
Parce qu'à dire vrai, il ne se passe pas un jour sans que je surprenne ce genre de phrases sur mon passage :
"Ouuuhlàlà... Li magnifique hein..."
"Tri joulie mad'moiselle... soui cilibataire moi aussi"
"Li tri jouli yeux mad'moiselle..."
Pas un jour sans que quelques mots accentués à l'huile d'olive et à la figue fraîche ne me décrochent un sourire et un regard reconnaissant. Car il faut bien l'avouer, ces messieurs sont plus rafinés et moins encombrants que leurs neveux. C'est plus simple de leur rendre cette attention particulière et puis souvent, ils sont tout simplement drôles. Or, les gens drôles dans la ville, c'est pas courant !
Et franchement, je les remercie tous très fort ! Tous les Babas de Paris qui me complimentent quand je marche dans la ville.
Mais aujourd'hui que j'ai compris que toutes les jeunes filles de la ville ne sont pas logées à la même enseigne, ça m'effraie un peu. Bin oui ! J'ai pris l'habitude moi ! Je n'y fait plus attention ! C'est un jeu humain parmi d'autres. Sauf que... si toutes les filles n'y ont pas le droit. C'est qu'un jour, je n'y aurais plus le droit!? Je serai plus grosse, plus vieille, plus ridée, ... Et alors !? Comment est-ce que j'avancerai dans la ville sans jamais avoir à rendre un sourire à Baba Yahya ? Comment je glisserai sur ce quotidien asphaltique sans cette huile d'olive lustrante et ces figues fraîches écrasées odorantes ? Comment je continuerai à croire que je peux plaire ? Même à un vieux ? Immigré de surcroît ?...
jeudi 12 mars 2009
vendredi 6 mars 2009
Racisme ordinaire et autres contrariétés
Un ouvrier a balisé une place de stationnement le long d'un trottoir de Pigalle. Forcément, ça fait rager vu l'encombrement voiturier du quartier. Oui mais il faut bien qu'il fasse ses travaux ce pauvre ouvrier. Mais oui mais il faut que ce monsieur se gare ! Voilà 2h qu'il tourne dans le quartier !!!
Ce monsieur, c'est celui qui braille en face de la vitrine de mon bureau que, justement, ça fait 2h qu'il tourne dans le quartier et que les soucis de cet ouvrier de mêêerdeuh, il n'en a que faire ! Ca fait un peu de bruit c'est vrai mais ça me donne l'occasion de marcher jusqu'à la vitrine et de jouer la commère. C'est ça qu'est bon dans les quartiers populaires. (Tiens hier, j'ai discuté avec un mac pendant 10 minutes... mais je m'égare...)
Ma "cobureautaire" me demande la cause de ce raffut. Alors je lui explique la situation. Alors elle se lève aussi et constate. Et alors elle sort cette phrase incroyable : "Ah mais non ! De nos jours il est proscrit d'empêcher un noir de faire ce qu'il veut ! Surtout depuis qu'Obamoule est élu président des Etats-Unis ! Aâââhtention !"
Hummm... L'automobiliste était donc noir. Mais... enfin... Et puis Obamoule ! Ca sort d'où ?...
*******
"Ha bah voilà ! Si c'est pas un nom à coucher dehors ça encore ! Après on va nous dire que la France est raciste ! Mais tu vois bien ?! Même le présentateur du JT n'arrive pas dire son nom... Et franchement, c'est pas pour dire, mais maintenant tous les hommes de média de valeur qu'on nous présente, et bin... ils ne sont pas français..."
Mais ouiiii ! C'est vrai ! Comment ai-je pu passer à côté ! Damn'
*******
"ôôhhhh... regarde comme ils ont de beaux cheveux... Non mais ils parlent en quelle langue là ? Je crois pas qu'ils soient indien mais... Peut-être des paquistanais... non ? Tu en penses quoi ?"
"Euh bin je ne sais pas. Hummm, ils sont sûrement paquistanais..."
*******
Autant je prends plaisir à observer mes pairs. Autant j'adore la beauté avec un grand "B", dans sa simplicité, sa sophistication, sa laideur même. Autant je n'arrive pas à voir les autres autrement qu'à travers leur connerie, leur intelligence, leur grâce, leur humanité...
La couleur de peau, les codes culturels viennent après... voire pas. Enfin je prends ces remarques de racisme ordinaire... Mais je ne crois pas me tromper !? C'est bien du racisme indolore, non ?
Et bien, je prends ces remarques comme des faucilles dans les neurones ! Si lointaines de mes référents que je ne sais y donner suite ! Sorties de bouches dont les oreilles sont si sourdes à mon discours qu'elles me clouent le bec sur place, la tête dans le caniveau et les chaussettes blindées d'incompréhension.
Ce monsieur, c'est celui qui braille en face de la vitrine de mon bureau que, justement, ça fait 2h qu'il tourne dans le quartier et que les soucis de cet ouvrier de mêêerdeuh, il n'en a que faire ! Ca fait un peu de bruit c'est vrai mais ça me donne l'occasion de marcher jusqu'à la vitrine et de jouer la commère. C'est ça qu'est bon dans les quartiers populaires. (Tiens hier, j'ai discuté avec un mac pendant 10 minutes... mais je m'égare...)
Ma "cobureautaire" me demande la cause de ce raffut. Alors je lui explique la situation. Alors elle se lève aussi et constate. Et alors elle sort cette phrase incroyable : "Ah mais non ! De nos jours il est proscrit d'empêcher un noir de faire ce qu'il veut ! Surtout depuis qu'Obamoule est élu président des Etats-Unis ! Aâââhtention !"
Hummm... L'automobiliste était donc noir. Mais... enfin... Et puis Obamoule ! Ca sort d'où ?...
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"Ha bah voilà ! Si c'est pas un nom à coucher dehors ça encore ! Après on va nous dire que la France est raciste ! Mais tu vois bien ?! Même le présentateur du JT n'arrive pas dire son nom... Et franchement, c'est pas pour dire, mais maintenant tous les hommes de média de valeur qu'on nous présente, et bin... ils ne sont pas français..."
Mais ouiiii ! C'est vrai ! Comment ai-je pu passer à côté ! Damn'
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"ôôhhhh... regarde comme ils ont de beaux cheveux... Non mais ils parlent en quelle langue là ? Je crois pas qu'ils soient indien mais... Peut-être des paquistanais... non ? Tu en penses quoi ?"
"Euh bin je ne sais pas. Hummm, ils sont sûrement paquistanais..."
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Autant je prends plaisir à observer mes pairs. Autant j'adore la beauté avec un grand "B", dans sa simplicité, sa sophistication, sa laideur même. Autant je n'arrive pas à voir les autres autrement qu'à travers leur connerie, leur intelligence, leur grâce, leur humanité...
La couleur de peau, les codes culturels viennent après... voire pas. Enfin je prends ces remarques de racisme ordinaire... Mais je ne crois pas me tromper !? C'est bien du racisme indolore, non ?
Et bien, je prends ces remarques comme des faucilles dans les neurones ! Si lointaines de mes référents que je ne sais y donner suite ! Sorties de bouches dont les oreilles sont si sourdes à mon discours qu'elles me clouent le bec sur place, la tête dans le caniveau et les chaussettes blindées d'incompréhension.
lundi 23 février 2009
complètement
The Bpa Feat. David Byrne & Dizzee Rascal - Toe Jam (New)envoyé par wonderful-life1989
Aaaaaahhhh.... Ca donne envie de danser nue sur la moquette et de se moquer de la vie tout ça !
vendredi 20 février 2009
Une épaisse et moite fumée d'herbe remplie l'espace. Le banc en métal est froid. Ca me glace les fesses, le bas du dos et les cuisses. Ma poitrine s'attendrie quand j'inspire l'air THCisée.
Une fille, assise sur le même genre de banc en métal, à deux mètres à ma gauche, fait du bruit en rangeant dans son sac des chaînes cloutées. Comme des chaînes de sûreté pour tracter un véhicule, larges et lourdes. Avec en plus sur chaque anneaux, des clous, petits et épais, soudés.
Il y a un pigeon qui saigne des yeux. Il finit toujours par tomber dans la fosse où passent les rails. Et trois minutes plus tard, il remonte de cette fosse en s'appuyant sur les "coudes" de ses ailes cassées. Il y a des stickers jaunes, en forme de pas, qui dansent aux murs. C'est joli. Un rythme et une chorégraphie genre, breakdance.
Sur les murs voûtés, des 4x3 retransmettent des courses hippiques. Il y en a un qui diffuse un documentaire sur le traitement des animaux tués pour confectionner des vêtements. Sur un autre panneau un documentaire sur le KKK. On dépèce des corps. Et sur celui-ci, ce sont des courses de lévriers. L'habillage de l'émission est kitch à souhait avec des fresques dorées autour de l'écran...
Et puis au bruit d'un petit choc de pigeon liquidé, tout ce décor de théâtre se mis en mouvement. La fumée d'herbe tourbillonnante, la gothique armée en mouvement, dans l'entrechoquement des 4x3 passés à la passoire des hublots du train, et ... Couvre-lit grabuge de visser humidificateur dans talmudique ovation fil brisées.
Une fille, assise sur le même genre de banc en métal, à deux mètres à ma gauche, fait du bruit en rangeant dans son sac des chaînes cloutées. Comme des chaînes de sûreté pour tracter un véhicule, larges et lourdes. Avec en plus sur chaque anneaux, des clous, petits et épais, soudés.
Il y a un pigeon qui saigne des yeux. Il finit toujours par tomber dans la fosse où passent les rails. Et trois minutes plus tard, il remonte de cette fosse en s'appuyant sur les "coudes" de ses ailes cassées. Il y a des stickers jaunes, en forme de pas, qui dansent aux murs. C'est joli. Un rythme et une chorégraphie genre, breakdance.
Sur les murs voûtés, des 4x3 retransmettent des courses hippiques. Il y en a un qui diffuse un documentaire sur le traitement des animaux tués pour confectionner des vêtements. Sur un autre panneau un documentaire sur le KKK. On dépèce des corps. Et sur celui-ci, ce sont des courses de lévriers. L'habillage de l'émission est kitch à souhait avec des fresques dorées autour de l'écran...
Et puis au bruit d'un petit choc de pigeon liquidé, tout ce décor de théâtre se mis en mouvement. La fumée d'herbe tourbillonnante, la gothique armée en mouvement, dans l'entrechoquement des 4x3 passés à la passoire des hublots du train, et ... Couvre-lit grabuge de visser humidificateur dans talmudique ovation fil brisées.
lundi 9 février 2009
Les range-pluches
Assise trois rangées derrière elle et sur le côté du wagon opposé au sien, je peux voir sa nuque et la ligne de son visage dont des cheveux couvrent sa joue et dévoilent son menton. Elle courbe la tête, la rentre dans ses épaules. Cela donne une expression triste à cette silhouette.
De temps à autres, mon regard est attiré par le pic d'une main levée subrepticement. Elle répète un geste ample, vif et précis. Comme si elle piquait un canevas à la vitesse d'une tisseuse d'Odyssée.
Dans sa tristesse ou du-moins perdue dans ses pensées concentrées, elle ôte les pluches de son écharpe et cela semble aller au rythme de ses divagations.
C'est une range-pluche. De cette catégorie de gens qui, à table, peuvent organiser et déranger les miettes de pain pour en faire un cercle, un triangle ou plusieurs petites lignes. De ces filles qui examinent les fourches de leurs cheveux en réunion de travail. De ces gens qui rangent les cailloux du bout de leur chaussure en se disant au revoir en sortant du cinéma. De cette catégorie de gens qui se concentrent en rangeant les petites pluches.
Elle est jolie dans ses gestes mécaniques et que je ne perçoive pas son regard me laisse imaginer la teneur de sa besogne. Tant ménagère que mentale.
Une jolie range-pluche à l'air triste est un objet de rêveries adéquate pour un soir de février venteux. Je me demande juste si c'est par défi, par névrose ou par masochisme qu'elle s'est choisie une écharpe en laine mohair ?
mardi 3 février 2009
Elle m'a mis la fièvre
"- Il va falloir rafraîchir tout ça et trouver un équilibre pour rehausser votre yin.
- Hummm... Et c'est grave ? Enfin ça veut dire quoi ?
- C'est à dire que ça brûle en vous. Il y fait trop chaud. Vous avez deux méridiens qui sont si chauds qu'ils assèchent d'autres zones de votre corps.
- Ah ?! Mais ça n'existe pas des métabolismes chauds par nature ? Avec des personnes qui vivent bien cette chaleur et cet assèchement ?
- Et bien, non ! Qu'il y ait une nature à la base, oui bien sûr ! Mais il faut trouver un équilibre pour ne pas tout brûler. Vous êtes trop chaude mademoiselle."
- Hummm... Et c'est grave ? Enfin ça veut dire quoi ?
- C'est à dire que ça brûle en vous. Il y fait trop chaud. Vous avez deux méridiens qui sont si chauds qu'ils assèchent d'autres zones de votre corps.
- Ah ?! Mais ça n'existe pas des métabolismes chauds par nature ? Avec des personnes qui vivent bien cette chaleur et cet assèchement ?
- Et bien, non ! Qu'il y ait une nature à la base, oui bien sûr ! Mais il faut trouver un équilibre pour ne pas tout brûler. Vous êtes trop chaude mademoiselle."
dimanche 1 février 2009
Un objet trop complexe pour ma pomme
Le masque parce qu'il cache les traits de l'âme, parce qu'il caricature, parce qu'il impose une distance, parce qu'il révèle qu'il y a quelque chose à ne pas dévoiler ou à préserver, est un objet qui me dérange.
Depuis ma plus tendre enfance, j'ai peur des masques de la comedia del arte. Je trouve les masques vénitiens moches. Les loups me font penser à la perversion plus qu'à la séduction. Les masques africains ou japonais m'effraient la plupart du temps et ça vaut mieux, car quand ils ne me font pas sursauter, c'est qu'ils sont contrefaçons vulgaires et irrespectueuses et ils me semblent alors si inutiles, qu'ils provoquent mon énervement. Le carnaval et tous les géants, de Douai, de Rio ou de la Nouvelle Orléans compilent mes plus mauvais rêves. Le masque hygiénique du chirurgien m'évoque un film gore diffusé en seconde partie de soirée sur M6 un soir d'hiver venteux. Bref ! La dissimulation m'angoisse. Une barrière physique entre deux visages, deux regards me glace le sang. Que quelqu'un veule ne pas offrir son image ou son âme à l'autre m'intrigue.
Je n'aime pas cet objet aussi vieux que le monde. Son usage, rituel, théâtral, esthétique ou artistique me dépasse. Cet objet représente tout ce qui me fait peur dans l'humanité. La dissimulation au mieux et une sorte de trahison au pire.
Toutefois, mais assez logiquement finalement, je suis fascinée par les masques funéraires. Dans ce cas, je peux rester à tenter de percer le mystère d'un visage sans âme derrière. D'un masque qui ne voile plus rien et qui matérialise quelque chose d'incompréhensible, proche de l'idée du trou noir à mes yeux. Qu'il soit un moulage ou un objet sculpté en l'honneur du défunt, ces masques là sont un point d'interrogation et une réponse à la fois. Ils sont beaux et proposent une lecture du corps raidi posé là. Ce n'est pas un accès vers l'âme absente mais une proposition d'échange avec l'être, malgré sa mort. Ils ne sont plus un sas de mensonge qui distancie mais un lien vers un lieu inconnu car illimité, fondu dans l'infini.


vendredi 5 décembre 2008
C'est le mariage du cousin Hubert.
Clarisse a vingt-neuf ans, elle est la fille de Jacques et Léonie. Jacques c'est un des fils d'une fratrie bretonne de neuf enfants et Léonie c'est la fille d'une fratrie guadeloupéenne de trois enfants. Clarisse a toujours vécu en Guadeloupe mais se souvient très bien des fêtes de fin d'année en France avec la tripotée de cousins cousines bretons qu'elle peut avoir.
Aujourd'hui le cousin Hubert se marie...
... La journée est finalement légère. Ce 17 octobre est doux et cordial. C'est agréable de retrouver la Bretagne et de découvrir les nouveaux membres de la famille : enfants et conjoints, radieux et sympathiques. Les événements familiaux ont cela de plaisant, comme une sorte d'intimité lointaine. Une distance qui débouche soit sur une froideur et un ennui sans fond, soit sur une chaleur et une fraternité naturelles. Et naturellement, Clarisse a passé du temps, sur le parvis de l'église, sous le préau de l'école pour le pot d'honneur, à côté des enceintes pendant le bal qui était donné dans la salle polyvalente, avec son cousin Mathieu.
Il est particulier Mathieu. Il chasse les papillons et adore clouer des lais de velours sur des planches de contreplaqué. Il articule toujours beaucoup trop. Même saoul ! Clarisse trouve que ça lui donne un air autiste mais comme ce qu'il raconte est souvent passionnant, elle se convainc que c'est un charmant petit défaut pas effrayant.
Il a trente-deux ans Mathieu et ce n'est pas son mariage aujourd'hui. Lui il commence l'écriture d'un bouquin sur les espèces à crochets de papillons. Ou quelque chose comme ça. Il explique tout ça à Clarisse le lendemain du mariage. Tard dans l'après-midi ils ont prit Eugénie, la 4L verte avec des grosses pâquerettes blanches dessus, pour aller marcher sur la plage de Plestin-les-Grèves.
Le temps des courses de relais sur la plage avec tous les cousins est révolu mais Clarisse et Mathieu ont du mal à s'y résoudre. Ils sont emmitouflés dans des col-roulés, pour rejoindre un des coins de table de ce bord de mer, le cafetier-ébéniste-cordonnier du haut de la Grande Rue. Les y attendent les odeurs de cuir, le timbre singulier de la porte de la boutique et quelques bières.
Dans deux jours, Clarisse quitte ce cocon qu'est la famille bretonne pour passer quelques jours à Paris. Elle va quitter les cousins cousines une nouvelle fois et son cousin Mathieu et les courses de relais continueront de s'étioler, lâchant du leste, années après années entre les enfants d'antan qui se connaissaient tant et tant.
Clarisse a vingt-neuf ans, elle est la fille de Jacques et Léonie. Jacques c'est un des fils d'une fratrie bretonne de neuf enfants et Léonie c'est la fille d'une fratrie guadeloupéenne de trois enfants. Clarisse a toujours vécu en Guadeloupe mais se souvient très bien des fêtes de fin d'année en France avec la tripotée de cousins cousines bretons qu'elle peut avoir.
Aujourd'hui le cousin Hubert se marie...
... La journée est finalement légère. Ce 17 octobre est doux et cordial. C'est agréable de retrouver la Bretagne et de découvrir les nouveaux membres de la famille : enfants et conjoints, radieux et sympathiques. Les événements familiaux ont cela de plaisant, comme une sorte d'intimité lointaine. Une distance qui débouche soit sur une froideur et un ennui sans fond, soit sur une chaleur et une fraternité naturelles. Et naturellement, Clarisse a passé du temps, sur le parvis de l'église, sous le préau de l'école pour le pot d'honneur, à côté des enceintes pendant le bal qui était donné dans la salle polyvalente, avec son cousin Mathieu.
Il est particulier Mathieu. Il chasse les papillons et adore clouer des lais de velours sur des planches de contreplaqué. Il articule toujours beaucoup trop. Même saoul ! Clarisse trouve que ça lui donne un air autiste mais comme ce qu'il raconte est souvent passionnant, elle se convainc que c'est un charmant petit défaut pas effrayant.
Il a trente-deux ans Mathieu et ce n'est pas son mariage aujourd'hui. Lui il commence l'écriture d'un bouquin sur les espèces à crochets de papillons. Ou quelque chose comme ça. Il explique tout ça à Clarisse le lendemain du mariage. Tard dans l'après-midi ils ont prit Eugénie, la 4L verte avec des grosses pâquerettes blanches dessus, pour aller marcher sur la plage de Plestin-les-Grèves.
Le temps des courses de relais sur la plage avec tous les cousins est révolu mais Clarisse et Mathieu ont du mal à s'y résoudre. Ils sont emmitouflés dans des col-roulés, pour rejoindre un des coins de table de ce bord de mer, le cafetier-ébéniste-cordonnier du haut de la Grande Rue. Les y attendent les odeurs de cuir, le timbre singulier de la porte de la boutique et quelques bières.
Dans deux jours, Clarisse quitte ce cocon qu'est la famille bretonne pour passer quelques jours à Paris. Elle va quitter les cousins cousines une nouvelle fois et son cousin Mathieu et les courses de relais continueront de s'étioler, lâchant du leste, années après années entre les enfants d'antan qui se connaissaient tant et tant.
mardi 18 novembre 2008
De ton sépia
Un paquet de bas fantaisie DIM(c), taille 2, est tout racorni, jauni, il s'assèche dans la poussière. Un peu plus loin, dans un pot à lait en inox, qui semble recouvert de velours brun tant la saleté s'y est collée, un bouquet de fleurs séchées fini sa vie. Les chardons rappellent la brosse à cheveux réservée au chien de Mémé. Les marguerites reines sont grises et tristes. Elles font un aimable mariage avec les fleurs de carottes sauvages et les fanes de roseaux dans ce bouquet tant fané, tant durci qu'il fout le bourdon.
Il y a aussi un jeu de serrures en laiton. Au pied du pot à lait. Quatre serrures en laiton, moches, improbables, comme oubliées ici lors de la démonstration qu'un vendeur aurait fait en 1947. Un cadre porte la publicité d'un lubrifiant pour petites mécaniques. C'est un petit bidon de fer bleu et jaune qui est peint sur l'illustration.
En plein milieu du plateau, trône un embauchoir en bois avec des articulations de ressorts tout rouillés. Et puis sur la vitre, différents modèles de cartes de visite sont scotchées. On devine difficilement les différences entre celle aux liserés d'or, celle aux liserés rouges et puis celle toute simple. Elles sont plutôt toutes rugueuses, complètement passées par le soleil et déprimantes.
C'est marrant comme les vieilles vitrines des cordonniers de quartier envoûtent parfois plus que celles des grands magasins. En ces temps où "la magie de Noël" habille petit à petit les villes, un nid de poussière incongru, atemporel et à total contre-emploi peut aussi éveiller l'imagination ! Sans pousser le cynisme jusqu'à dire qu'un Noël en temps de crise réduit les rêveries à cette désolation...
Il y a aussi un jeu de serrures en laiton. Au pied du pot à lait. Quatre serrures en laiton, moches, improbables, comme oubliées ici lors de la démonstration qu'un vendeur aurait fait en 1947. Un cadre porte la publicité d'un lubrifiant pour petites mécaniques. C'est un petit bidon de fer bleu et jaune qui est peint sur l'illustration.
En plein milieu du plateau, trône un embauchoir en bois avec des articulations de ressorts tout rouillés. Et puis sur la vitre, différents modèles de cartes de visite sont scotchées. On devine difficilement les différences entre celle aux liserés d'or, celle aux liserés rouges et puis celle toute simple. Elles sont plutôt toutes rugueuses, complètement passées par le soleil et déprimantes.
C'est marrant comme les vieilles vitrines des cordonniers de quartier envoûtent parfois plus que celles des grands magasins. En ces temps où "la magie de Noël" habille petit à petit les villes, un nid de poussière incongru, atemporel et à total contre-emploi peut aussi éveiller l'imagination ! Sans pousser le cynisme jusqu'à dire qu'un Noël en temps de crise réduit les rêveries à cette désolation...
lundi 10 novembre 2008
Cécile
19h50 - Métro ligne 13
Deux jeunes hommes, Vans aux pieds
" - (...) Ouais mais tu vois, je n'ai pas voulu la froisser. Quand elle m'a dit ça par mail, j'me suis dis "naaaaaaan". Enfin, tu vois quoi. J'attends de la voir en face sinon voilà elle viendra plus, elle aura la honte. j'ai pas envie qu'elle ait peur de croiser mon regard tu vois le genre ?
- Wouhahou. Je savais pas que t'étais un mec bien comme çà...
- Pppfff mais le problème c'est que je suis à Cécile.
Attention, avec elle c'est "comandor" !
- Quoi !?
- Bah voilà elle me tient et tout ce qu'elle me demande, je le fais.
- Ah ce point là ? Ah mais ouais je vois ce que tu veux dire, elles sont relous. Moi elle m'a fait le coup une fois avec le "tu peux me tenir mon sac ?". Elle refait ses lacets et puis me laisse son sac pendant une heure. J'ai esquivé mais elle s'est mise à râler quand je le lui ai rendu trois fois de suite... Attends ! Une fois c'est bon mais ça va "T'as des bras ma grande"...
- Ouais. Ce genre d'exemple voilà. L'autre jour elle m'a sorti "Tu vas me chercher un croissant aux amandes." Bon. J'y suis allé par ce que ça me faisait marrer, mais faut que je fasse gaffe... Je sais qu'il ne faut pas trop se laisser marcher sur pieds. Mais c'est dur. Moi face à Cécile : Je suis comme une république annexée."
Deux jeunes hommes, Vans aux pieds
" - (...) Ouais mais tu vois, je n'ai pas voulu la froisser. Quand elle m'a dit ça par mail, j'me suis dis "naaaaaaan". Enfin, tu vois quoi. J'attends de la voir en face sinon voilà elle viendra plus, elle aura la honte. j'ai pas envie qu'elle ait peur de croiser mon regard tu vois le genre ?
- Wouhahou. Je savais pas que t'étais un mec bien comme çà...
- Pppfff mais le problème c'est que je suis à Cécile.
Attention, avec elle c'est "comandor" !
- Quoi !?
- Bah voilà elle me tient et tout ce qu'elle me demande, je le fais.
- Ah ce point là ? Ah mais ouais je vois ce que tu veux dire, elles sont relous. Moi elle m'a fait le coup une fois avec le "tu peux me tenir mon sac ?". Elle refait ses lacets et puis me laisse son sac pendant une heure. J'ai esquivé mais elle s'est mise à râler quand je le lui ai rendu trois fois de suite... Attends ! Une fois c'est bon mais ça va "T'as des bras ma grande"...
- Ouais. Ce genre d'exemple voilà. L'autre jour elle m'a sorti "Tu vas me chercher un croissant aux amandes." Bon. J'y suis allé par ce que ça me faisait marrer, mais faut que je fasse gaffe... Je sais qu'il ne faut pas trop se laisser marcher sur pieds. Mais c'est dur. Moi face à Cécile : Je suis comme une république annexée."
mardi 4 novembre 2008
"La commune offre 10 tours de manège !"
"- Regarde un peu ces gaillards endimanchés, lance Lucien à Ahmed du bout du coude,
- Hey ui ça y est "A vôté" !"
Un vrai temps de mars éclaire la place sablonneuse de la mairie. Un cortège de notables accompagne un homme qui porte l'écharpe tricolore vers la brasserie d'en face. Des vieux discutent sur les bancs. Le bus livre une volée de teenagers gominés. Un gamin coupe à travers le jeu de boules de Lucien et tous lèvent les bras de protestation.
"- Oooh mais tu peux pas regarder où tu vas un peu !
- Il a bougé trois boules au-moins...
- Ci la journie di zabroutis ou quoi ?! Y sont tous d'sourtie !"
Les indécrottables boulistes de la place de la Mairie ! Ceux que les autres prennent pour des abrutis ! Parfois je les ai confondu avec du mobilier urbain, c'est vrai. Les jours de pluie ils viennent quand même jouer là. Mais comme le sol est trop lourd, ils fument clopes sur clopes sur les bancs et lustres leurs triplettes. Pas besoin de cracher dessus ces jours-là. C'est pratique.
Ce sont les élections municipales aujourd'hui. Les banderoles contre les bidons ville, pour la sauvegarde de l'hôpital de proximité et pour la libération de Bétancourt sont rangées. Place nette, une place est à prendre, place de la mairie.
Les boulistes, ils font semblants d'être vieux et ils font semblants d'être bêtes. Quand ils regardent les gamins qui courent vers leur avenir, ça leur rappelle qu'ils sont embarqués sur le même manège. Mais dans une petite voiture de course très basse, vert foncé avec des paillettes. De cette place de manège où on est jamais assez haut pour attraper le pompon et où on s'ennuie parce qu'elle a rien d'intéressant cette voiture. Elle klaxonne plus et le volant est soudé. Alors que dans la tasse à thé, ça tourne. Et sur les chevaux, le pompon frôle les cheveux à chaque passage... Non, sur la voiture on peut juste monter à plusieurs, c'est le seul attrait. On y est entre copains et on avance sans sortir des gonds, sans l'espoir d'une surprise.
Ils ne s'en fichent pas des élections municipales, mais ils sont tellement las de ces combats qu'après tout, la seule chose qu'ils aient trouvé à revendiquer auprès de la mairie, c'est son pas de porte. Tant que la place sablonneuse peut se convertir en terrain de jeu, leur lutte silencieuse n'est pas vaine. Et ils prendront le bus chaque jour pour converger vers le terrain de jeu de leur rang, le pas de porte du pouvoir en place.
- Hey ui ça y est "A vôté" !"
Un vrai temps de mars éclaire la place sablonneuse de la mairie. Un cortège de notables accompagne un homme qui porte l'écharpe tricolore vers la brasserie d'en face. Des vieux discutent sur les bancs. Le bus livre une volée de teenagers gominés. Un gamin coupe à travers le jeu de boules de Lucien et tous lèvent les bras de protestation.
"- Oooh mais tu peux pas regarder où tu vas un peu !
- Il a bougé trois boules au-moins...
- Ci la journie di zabroutis ou quoi ?! Y sont tous d'sourtie !"
Les indécrottables boulistes de la place de la Mairie ! Ceux que les autres prennent pour des abrutis ! Parfois je les ai confondu avec du mobilier urbain, c'est vrai. Les jours de pluie ils viennent quand même jouer là. Mais comme le sol est trop lourd, ils fument clopes sur clopes sur les bancs et lustres leurs triplettes. Pas besoin de cracher dessus ces jours-là. C'est pratique.
Ce sont les élections municipales aujourd'hui. Les banderoles contre les bidons ville, pour la sauvegarde de l'hôpital de proximité et pour la libération de Bétancourt sont rangées. Place nette, une place est à prendre, place de la mairie.
Les boulistes, ils font semblants d'être vieux et ils font semblants d'être bêtes. Quand ils regardent les gamins qui courent vers leur avenir, ça leur rappelle qu'ils sont embarqués sur le même manège. Mais dans une petite voiture de course très basse, vert foncé avec des paillettes. De cette place de manège où on est jamais assez haut pour attraper le pompon et où on s'ennuie parce qu'elle a rien d'intéressant cette voiture. Elle klaxonne plus et le volant est soudé. Alors que dans la tasse à thé, ça tourne. Et sur les chevaux, le pompon frôle les cheveux à chaque passage... Non, sur la voiture on peut juste monter à plusieurs, c'est le seul attrait. On y est entre copains et on avance sans sortir des gonds, sans l'espoir d'une surprise.
Ils ne s'en fichent pas des élections municipales, mais ils sont tellement las de ces combats qu'après tout, la seule chose qu'ils aient trouvé à revendiquer auprès de la mairie, c'est son pas de porte. Tant que la place sablonneuse peut se convertir en terrain de jeu, leur lutte silencieuse n'est pas vaine. Et ils prendront le bus chaque jour pour converger vers le terrain de jeu de leur rang, le pas de porte du pouvoir en place.
dimanche 12 octobre 2008
Hypnose, échine, dimanche et vapeur
Cela fait un peu penser à de la nacre. Sauf que c'est en mouvement. Un fin torrent d'eau limpide s'écoule en tourbillonnant vers le siphon. Les reflets donnent un peu le tournis quand on les regarde longtemps. Et Éva regarde longuement ce torrent limpide jusqu'à en avoir le tournis.
Le son de l'eau qui coule est comme étranger au filet vigoureux qu'elle observe. Les lourdes gouttes qui tapent l'émail rappellent le bruit que ferait une gouttière percée se déversant au fond d'une ruelle sombre. Le jet d'eau bouillante frappe sa nuque et glisse ensuite entre ses omoplates, le long de son dos, réchauffe sa cambrure et arrive en grosses gouttes lourdes sur l'émail de la baignoire, entrainé par l'élan des fesses rebondies.
La vapeur commence à rendre l'endroit étouffant. Le plafonnier ne cesse de grésiller. Elle a entrebâillé la porte pour laisser la vapeur s'échapper. Mais ça fait si longtemps qu'elle courbe l'échine sous la douche et goûte l'hypnose de la danse blanche du siphon que la vapeur stagne et s'amasse.
La porte d'entrée de l'appartement fait du bruit. Le verrou a été ouvert ! Éva est tant ramollie que même si elle a conscience du son, de la lumière qui grésille et de l'air vicié, elle n'arrive pas à réagir. Les pas font grincer le parquet et s'approchent de la salle de bain. Quatre doigts se glissent dans l'entrebâillement et l'on ouvre la porte.
Éva est saisie par l'appel d'air froid qui frappe son ventre et relève enfin la tête. Elle sourit. Elle sourit à celui qui revient de la boulangerie avec des miettes de viennoiseries dispersées sur son écharpe.
Un choc thermique la réveille totalement lorsque leurs bouches se touchent. C'est dimanche midi. La nuit fut enchantée et dansée. Ce jour sera en dents de scie et lové.
Le son de l'eau qui coule est comme étranger au filet vigoureux qu'elle observe. Les lourdes gouttes qui tapent l'émail rappellent le bruit que ferait une gouttière percée se déversant au fond d'une ruelle sombre. Le jet d'eau bouillante frappe sa nuque et glisse ensuite entre ses omoplates, le long de son dos, réchauffe sa cambrure et arrive en grosses gouttes lourdes sur l'émail de la baignoire, entrainé par l'élan des fesses rebondies.
La vapeur commence à rendre l'endroit étouffant. Le plafonnier ne cesse de grésiller. Elle a entrebâillé la porte pour laisser la vapeur s'échapper. Mais ça fait si longtemps qu'elle courbe l'échine sous la douche et goûte l'hypnose de la danse blanche du siphon que la vapeur stagne et s'amasse.
La porte d'entrée de l'appartement fait du bruit. Le verrou a été ouvert ! Éva est tant ramollie que même si elle a conscience du son, de la lumière qui grésille et de l'air vicié, elle n'arrive pas à réagir. Les pas font grincer le parquet et s'approchent de la salle de bain. Quatre doigts se glissent dans l'entrebâillement et l'on ouvre la porte.
Éva est saisie par l'appel d'air froid qui frappe son ventre et relève enfin la tête. Elle sourit. Elle sourit à celui qui revient de la boulangerie avec des miettes de viennoiseries dispersées sur son écharpe.
Un choc thermique la réveille totalement lorsque leurs bouches se touchent. C'est dimanche midi. La nuit fut enchantée et dansée. Ce jour sera en dents de scie et lové.
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