samedi 1 mai 2010

Pas de muguet, pas de travail mais à la fête !

Rame de métro ordinaire, je reste debout dans le carré des strapontins. Il y a deux mecs assis à droite, qui tiennent droit dressé tel un sceptre un brin de muguet sous un film cello. Un gros joufflu avec une besace de créatif. Ce genre de sac qui reproduit un disque vinyle de la Motown ou une affiche de propagande stalinienne plus ou moins bien détournée. Et il y a le gendre parfait ! Chemise d'été bleu ciel sur un jean repassé, avec le pull bleu marine noué sur la poitrine. Leurs brins de muguet, ils n'ont pourtant pas de quoi en être fiers... sont tout rabougris. Déjà fanés. Quand je pense qu'ils ont dû acheter ça 4,50€ minimum !

Et puis monte dans la rame une maman. Une vieille maman, avec encore suffisamment de fraîcheur dans le regard pour ne pas s'appeler mamie. Elle porte un fichu étrange sur ses cheveux, une résille violette et pailletée. Elle s'assoit à gauche, sur un des strapontins vides, en face des deux mecs donc. Et puis, dans un vif hoquet, elle se baisse pour fouiller dans le sac ED qui est à ses pieds pour en sortir un petit bouquet, fané lui aussi. En se redressant elle joue d'une fesse à l'autre pour asseoir sa posture, pas peu fière, elle aussi, de tenir droit dressé tel un sceptre, un bouquet de fleurs blanches.

Oui parce que ça ressemble plus à des fleurs de fraisiers ce qu'elle a sorti maman. Je ne trouve pas le nom de cette plante mais en tout cas, ce n'est pas du muguet. Les trois brins sont très feuillus avec perdues au milieu, de grosses fleurs de fraisiers. Elle est top ! Arborant un grand sourire qui semble dire : "hé ?! T'as vu un peu ?! J'ai capté que c'est le jour des bouquets de fleurs blanches dans la rue, hein ! Et j'y ai pensé aussi... parce que j'aime bien cette tradition, là."

Et puis les deux mecs descendent pour prendre une correspondance et maman reste ici. Je fais d'autres trucs. Des trucs passionnants comme dodeliner de la tête sur la musique qui braille dans mes oreilles ou jouer avec un mouton de poussière du bout du pied. C'est alors que se produit l'inimaginable : je crois pas avoir tort en faisant parler son regard... Maman a maintenant le dos tout voûté sur son siège. Plus personne n'a de muguet à la main dans la rame. Alors elle se baisse et replace son bouquet fané dans son sac. Et oui.

Après cette tendre observation de l'être humain avec un grand sceptre, je me demande quelle polémique merdique d'impérialisme culturel va sortir dans la presse lundi matin ? Et si la presse et le pouvoir en place se rendent bien compte à quel point faut pas chercher bien loin pour traduire nos comportements en société. Après je me dis aussi que j'ai bonne figure à rire sous cape comme ça : je sais ce que c'est que la fête du travail et pourquoi ce symbole du brin de muguet moi peut-être ? Bin non ! J'associe vaguement ça au Front Populaire... Et pas du tout !

2 commentaires:

Helene a dit…

C'est encore moi !
Hier J'ai aussi vécu de grands moments en rentrant de slovénie grâce au muguet.
Un brin gratuit offert aux femmes à la sortie de l'avion ou sinon ce sera 8€ un brin + une rose pourrave à acheter a Sainte Genevieve sous un abris de bus :-)
Merci pour ce post du matin.
Je ne m'en lasserai jamais
Bisous ma belle
LN

lespetitsriens a dit…

Bon retour à toi, de la Slovénie plein le coeur ;-))

Les petits riens te remercient !