8h20. Dans un mouvement gauche en cherchant à ranger un truc, la bouteille de vinaigre tombe et se brise. Et ça sent fort.
Et ça sent le vinaigre le matin à 8h30. Transportée en 1988, un matin de novembre, sous le minuscule préau de la cour d'école, en rang, devant le prof à la mine sévère avec pour panorama des trombes d'eau et de la brume sur la cour et en guise de bande son, le lourd goutte à goutte de la gouttière percée du préau. Et aussi les mouvements sous cellophane que chacun produit en bougeant, en portant sa main à la goutte du nez par exemple.
Un peu plus loin devant, il y a Cindy. Pas la peine de vérifier, le vent arrive de face et ça sent le vinaigre. De septembre à novembre, la plupart des minots subissent la torture au peigne anti-poux dans l'angoisse muette et fébrile de tomber sur une lente. Une lente, le mot même est laid. C'est un truc à retardement qui prend son temps avant d'imploser sur ta tête ?
Cindy et Élodie sont frangines. Cindy est rieuse, à la fois grossière et prude. Et Élodie c'est la petite soeur un peu vicieuse sur les bords avec un bon fond. Ma tante les appelle les jolies rouquines. C'est vrai qu'elles sont jolies mais à l'école, s'afficher avec Cindy c'est pas facile. Comment décrire la violence brute et gratuite de l'enfance... Et donc quand la saison veut que sa mère lui badigeonne la tête de vinaigre trois fois par semaine, c'est moins pénible de l'éviter tant il est désagréable de rester près de ses cheveux.
J'aimerai bien me souvenir de Cindy en d'autres occasions qu'un épandage de vinaigre matinal. Tans pis, c'est donc là la clef de la porte b.657 de ma mémoire pour nourrir une pensée pour elle. Voilà une évidence que je monte consigner dans le grimoire des drôleries.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire