mardi 6 juillet 2010

en émail vieux rose



Je prends une photo écornée de ma correspondante anglaise
et puis la boîte à dents de lait en émail vieux rose.
Je prends le gros poste à cassettes, rouge et vert made in Taiwan
et le plaid à carreaux offert par Frigel.
Je prends aussi la pierre carrée de sous les pavots
ainsi que la pompe à eau rouillée du potager.
Je mets les embruns d'automne des remparts de Saint-Malo
et les piqûres d'orties et les sangsues d'étangs
dans un flacon d'exposition de Paris Yves Saint Laurent.

J'ajoute à cela le sifflement du voisin
et un zeste de la corne de mes pieds.
Et puis la peur des chiens de la casse
et les mobylettes décharnées
Je prends aussi le chuintement de la chouette effraie
et la queue d'un lézard vert.
Je mets les odeurs des soirs de moisson
et les salles de répéte et la messe de Pâques
dans le flacon d'exposition de Paris Yves Saint Laurent.

Et puis ensuite j'ébouillante le flacon
le secoue jusqu'à l'émulsion de la substance.
Légère et pétillante, vieux rose, elle est appétissante.
Et j'en bois trois goulées, c'est encore chaud.
Et puis je fonds juste quatre secondes
avant de refaire surface et de reprendre l'air.

Puis je cherche la carte routière des Bouches-du-Rhône
et puis la boule grasse du siphon de ma douche
et aussi les graffitis de la poutre droite de l'abri bus
Pour mettre tout ça dans une enveloppe en mousse.

Et l'esprit reprend sa fuite, se recyclant durablement
intégrant parfois des liqueurs immondes.
C'est pas toujours vrai qu'on retient que le bien.
Même si c'est bon de fondre juste quatre secondes
avant de refaire surface et de reprendre l'air.
Et la raison écrit la suite, remâchant à tout moment
ce que le passé offre de fondations au grand pari
Et l'histoire en tricycle récupère des bribes d'égouts
entre deux absences de quatre secondes
qui ramènent à la surface à coups d'instants de répit.