On amène la nouvelle personne qui partage ma chambre, la troisième depuis mon entrée, vers 11h. Une petite dame toute bancale, les mains en moignons et la voix éraillée.
Gonflée d'une énergie nouvelle, car je marche quasiment sans effort depuis le matin et ce après cinq jours à l'horizontal bercée dans des lits de douleurs variées, je suis avenante et loquace !
Je me prête volontiers aux bavardages de bonnes femmes, qui d'ordinaire m'épuisent et me font prendre le masque de la snob sans contrainte aucune. Erreur ! Grave erreur...
En quatre minutes peut-être je connais déjà sa mère et ses pathologies, son fils et les sorties du week-end qu'elle aime organiser pour sa petite fille... C'est un talent caché des croquantes que de me piéger dans ce jeu du questionnaire inquisitoire. Car en vient ensuite son intérêt pour moi. Du moins, l'objet de son intérêt pour moi, l'occasion de se comparer à quelqu'un. Et avec, je ne sais dire s'il s'agit là d'adresse, de perversité ou de spontanéité, elle enchaîne trois questions qui m'amènent naïvement à donner la quasi totalité de mon parcours de vie.
Je n'apprécie pas la rapidité de cette discussion mais quand elle me lance un ultime et sec "vous avez quel âge ?", je réponds encore. Ma tête s'échauffe mais je ne veux pas la froisser. Elle, ne se prive pas de conclure, de sa voix de vieille femme bancale "oui. Donc bien évidemment, pas de mari, pas d'enfant : il est peut-être temps d'y songer vous savez !?"
Littéralement scotchée par cette intrusion, ce viol, comme entachée par les mots de cette vieille femme, certainement plus sotte que méchante, je souris, me fige, remets mes lunettes et reprends la lecture de Zweig en prenant un temps infini pour repositionner mes coussins et faire trois inspire/expire yogiques.
J'entends au loin quelques derniers échos "et vous travaillez dans quoi ?", "moi, j'étais agricultrice... d'abord l'élevage, puis les céréales uniquement." Et puis il y eu le doux bruissement des draps du lit de la personne qui partage ma chambre. Signal d'un repos certain, de l'évanouissement de toute tentative de bavardage.
Gonflée d'une énergie nouvelle, car je marche quasiment sans effort depuis le matin et ce après cinq jours à l'horizontal bercée dans des lits de douleurs variées, je suis avenante et loquace !
Je me prête volontiers aux bavardages de bonnes femmes, qui d'ordinaire m'épuisent et me font prendre le masque de la snob sans contrainte aucune. Erreur ! Grave erreur...
En quatre minutes peut-être je connais déjà sa mère et ses pathologies, son fils et les sorties du week-end qu'elle aime organiser pour sa petite fille... C'est un talent caché des croquantes que de me piéger dans ce jeu du questionnaire inquisitoire. Car en vient ensuite son intérêt pour moi. Du moins, l'objet de son intérêt pour moi, l'occasion de se comparer à quelqu'un. Et avec, je ne sais dire s'il s'agit là d'adresse, de perversité ou de spontanéité, elle enchaîne trois questions qui m'amènent naïvement à donner la quasi totalité de mon parcours de vie.
Je n'apprécie pas la rapidité de cette discussion mais quand elle me lance un ultime et sec "vous avez quel âge ?", je réponds encore. Ma tête s'échauffe mais je ne veux pas la froisser. Elle, ne se prive pas de conclure, de sa voix de vieille femme bancale "oui. Donc bien évidemment, pas de mari, pas d'enfant : il est peut-être temps d'y songer vous savez !?"
Littéralement scotchée par cette intrusion, ce viol, comme entachée par les mots de cette vieille femme, certainement plus sotte que méchante, je souris, me fige, remets mes lunettes et reprends la lecture de Zweig en prenant un temps infini pour repositionner mes coussins et faire trois inspire/expire yogiques.
J'entends au loin quelques derniers échos "et vous travaillez dans quoi ?", "moi, j'étais agricultrice... d'abord l'élevage, puis les céréales uniquement." Et puis il y eu le doux bruissement des draps du lit de la personne qui partage ma chambre. Signal d'un repos certain, de l'évanouissement de toute tentative de bavardage.
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