vendredi 13 janvier 2012
C'est beau, conduire la nuit. Tout est souligné. Il y a des balises de néons de partout et des réflecteurs et des phares mal réglés. Il y a des vaisseaux roses et des totems Ikea qui te dépassent. Il y a le métronome de la ligne marquée au sol et la vitre entr'ouverte d'où je laisse s'échapper la fumée de cigarette. Et les murs de brique des immeubles de banlieue, faiblement éclairés des réverbères, dessinent un univers inspiré de Tardi à Philip Glass.
Il y a aussi ces gros dirigeables lumineux, ces grosses libellules de taule et de plexiglas que sont les gymnases ! Les soirs d'hiver, quand je suis en route pour un concert, conduire la nuit c'est remarquer la présence de ces lieux de compétitions régionales, de gardiens lubriques, de vestiaires glacials et de sacs oubliés.
Un gymnase, c'est une acoustique sinistre. Les voix et le bruit des balles frappées sont distendus, comme légèrement gluants. Et le son sec, de la semelle de basket, sur le revêtement du sol, se charge de surpiquer tes oreilles.
Un gymnase, c'est des choses mal placées tout le temps. Le tremplin trop loin, le défenseur en retrait ou trop tôt, les ballons perdus sous les gradins, les barres pas remises au râtelier mais bien rentrées dans tes orteils, parce que tout est mal placé tout le temps.
Un gymnase, c'est trop loin. L'urbanisme des années 70/80 aura, le plus souvent, excentré ces bâtisses. C'est la traversée en solitaire d'une impasse lugubre ou d'un parking venteux pour s'y rendre les soirs d'hiver.
C'est beau conduire la nuit. Tout est souligné. Et les formes lumineuses qui dessinent un univers inspiré de Tardi à Philip Glass laissent s'échapper par la fenêtre entr'ouverte les rêveries en volutes.
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